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Knockin’ on heavens door

Falaise vers Abuna Yemata
Falaise vers Abuna Yemata

Nous sommes a Hozein aux pieds des Gheralda Montains. La matinée est physique -du genre CAF (cuisses-abdos-fessiers)- car nous nous rendons dans une des églises les plus inaccessibles d’Ethiopie. 450 m de dénivelé, mais les derniers 250m imposent d’escalader une falaise abrupte.

Cette église est particulièrement appréciée car proche du ciel, mais seules les personnes habiles peuvent s’y rendre.

La vue est imprenable, mais il faut éviter de regarder vers le bas.

La récompense est au bout. Une magnifique église installée dans une grotte au VI° siècle. Les peintures murales sont probablement du XV°.

Peintures murales d'Abuna Yemata
Peintures murales d’Abuna Yemata

Au X° siècle; la reine axoumite Judith (Gudit), qui souhaitait se débarrasser de la religion orthodoxe a détruit bon nombre d’églises mais pas Abuna Yemata car celle ci était trop difficile d’accès.

Les représentations sacrées sont magnifiques et peintes directement sur la roche. La porte en une seule pièce de bois, ancienne aussi, tient difficilement à un seul gond.

La bible, écrite en guèze sur des peaux de chèvre, date du VI° siècle également.

Représentation de saint Gabriel et de la vierge Marie
Représentation de saint Gabriel et de la vierge Marie

Notre guide se moque de moi parce que je n’arrive pas à retenir le nom de l’église et me promet un interrogation orale… Angoisse de l’élève qui essaye de bien faire mais qui a du mal 🙂

Finalement je lui demande de retenir le nom de mon village natal… ça rétabli un certain équilibre 😀 Tout le monde comprendra….

Moins spirituel, moins sacré, Tamrou m’avait promis de me trouver de la bière locale à base de millet (je crois)… Très bonne et avec pour avantage d’être très complète : on boit et on mange en même temps 🙂

Et puis, pour se rapprocher encore du ciel (après la bière 🙂 ), nous visitons probablement la plus vieille église orthodoxe d’Éthiopie. Elle date du IV° siècle : Abuna Gebre Mickaël.

Gudit l’a partiellement détruite juste avant de mourir mais l’entrée a été reconstruite.

Lecture biblique
Lecture biblique

Une chance pour nous, nous pouvons assister à une messe… Le prête principal lit la bible en guèze pendant que les croyants répètent certains mots. Les prêtres et les diacres se rendent ensuite dans la zone « secrète » où est située, à l’abri des regards, la copie de l’arche d’alliance, pour lire de nouvelles prières… Il y a beaucoup de cérémonie et de recueillement. Mais nous n’assisterons pas aux deux ans de cérémonie… la route nous attend.

Proche du territoire Afar, les dromadaires sont les nouveaux usagers de la route.
Proche du territoire Afar, les dromadaires sont les nouveaux usagers de la route.

 

 

Political world

La monnaie de l’Éthiopie est le birr (prononcer bêrr avec un R roulé). 1 birr vaut 4cts d’euros et le billet le plus grand est le billet de 100 birrs.
Changer 100€ conduit donc à avoir au mieux 25 billets… Imaginez s’il faut changer 2000€ 😛
Un repas au restaurant coûte environ 100birr et le salaire habituel est de moins de 10 birrs par jour pour les ouvriers. Un café (de consommation courante) au restaurant coûte 7 birrs et une bière 15 birrs.
Notre situation de touriste nous place donc bien sûr dans une position de nantis et il n’est pas surprenant de se faire accoster par une main tendue. Difficile de trouver la bonne réaction, difficile de rester indifférent.
Mais même en cas de refus, la gentillesse et les sourires restent présents. Pas d’agressivité.
tamruTamru notre chauffeur est un homme de 38 ans très agréable mais réservé. Il nous parle souvent de son enfant de 6 mois.
Son anglais est approximatif car le décès prématuré de son père l’a obligé très tôt à quitter l’école pour aider sa mère à soutenir ses deux petites sœurs. Et au final il s’est marié tard… En Éthiopie, il est rare d’avoir des enfants avant le mariage. C’est très mal vu même chez les suris.
L’avantage de sa difficulté en anglais est qu’une question sur un sujet entraîne une réponse sur un autre sujet tout aussi intéressant. 🙂
Nous quittons Axum pour nous rendre vers les montagnes Geralta.
La route en lacet nous fait passer au travers de ces montagnes accidentées de roche rouge ou calcaires.
De temps en temps nous rencontrons un camion, qui, si la route n’est pas bitumée, nous impose un rideau de poussière nécessitant un arrêt. Tamru nous explique en riant que les camions sinotrack chinois sont appelés par les Éthiopiens Al Quaida. Leurs freins sont faillibles et, du fait de la remorque mal dimensionnée, ils ont tendance à se renverser lorsque les Éthiopiens les chargent de trop.

Ca ne vaut pas les camions volvo 🙂

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Paysan extrayant le grain de la paille.
Paysan extrayant le grain de la paille.

Les boeufs, les ânes et les chèvres traversent la route sans se préoccuper de la circulation. « The donkeys are the kings of the roads in Ethiopia » nous dit le chauffeur avec un petit sourire. Les enfants aussi, avec leur uniforme scolaire, occupent toute la largeur de la route, soit pour jouer avec un ballon fabriqué avec un bout de tissu et de la paille, soit pour se raconter leurs dernières histoires.
Comme dans beaucoup de pays d’Afrique, les écoliers portent des uniformes pour éviter la distinction sociale. Pour éviter aussi qu’ils viennent à l’école avec des vêtements en loques. Car l’école est une chose sérieuse ici. Depuis longtemps les gouvernements successifs investissent dans la scolarisation. Ils y apprennent l’amharique, l’Oromo ou le Tigré (les trois langues principales, mais environ 80 langues différentes sont parlées en Éthiopie) ainsi que les signes alphabétiques communs à ces trois langues et dérivés du guèze lui même dérivé du grec et de l’hébreu. Plus tard au collège, ils apprennent l’anglais et l’alphabet romain.

Cérémonie du café : torréfaction
Cérémonie du café : torréfaction

En traversant Adoua, nous voyons cette colline où Menelik II vainquit les italiens. Ces derniers étaient équipés d’armes modernes, mais se situaient au bas de la colline. L’armé de Ménélik avaient pour elle l’avantage du nombre et surtout elle surplombaient l’armée Italienne. Les armes Ethiopiennes étaient anciennes et moins efficaces vendues par des aventuriers comme Arthur Rimbaud.
L’issue de la bataille a été terrible pour l’armée italienne et mit fin à la première tentative coloniale.

Nous finissons notre trajet de la journée dans une petite ville de 8000 habitants au pied des monts Geralda. Cette ville a été bombardée en 1988 par l’aviation Éthiopienne commandée par Mengistu (président ayant succédé à Hailé Selassié) pour attaquer les rebelles sécessionnistes tigréens… 2000 morts chez les civils.
Pour la première fois depuis notre séjour nous sommes confrontés à la barrière de la langue. Même les adolescents semblent ne pas comprendre l’anglais.
C’est quelque chose de frustrant d’avoir envie de communiquer et de ne pas pouvoir. D’être face à une langue sans aucune racine commune. De plus les inscriptions sont toutes en écriture amharique… dur de trouver un cyber café, dur de trouver des allumettes…. Mais ceux qui ont été au Bengladesh ( 🙂 ) au Maroc (re 🙂 ), au Japon ( re re 🙂 ) ou ailleurs comprennent ce que je veux dire.

Dany, on t’embrasse très fort pour ton anniversaire.

Dead is not the end

La première stèle d'Axoum
La première stèle d’Axoum

Axoum est la première capitale d’Ethiopie…. Elle est à l’origine de ce pays, au point où on parle de période pré Axoumite, Axoumite et post Axoumite.

Il y a des vestiges archéologiques impressionnants et donc beaucoup de tombes.

Nos pensées du matin sont allées à ceux qui ont visité Rome avant 2006. Ils ont pu voir une stèle non loin du circus Maximus . Nous n’avons jamais été à Rome, mais finalement, cette stèle nous la découvrons à son emplacement d’origine, au centre d’Axoum à coté de plusieurs autres, car elle a été restituée à l’Ethiopie il y a quelques années. Il s’agit probablement de stèles marquants les tombeaux des empereurs Axoumites entre le I° et VI° siècle. La datation est difficile et aucune inscription n’y est apportée.

Ce qui est impressionnant c’est la maitrise que semblaient avoir les Ethiopiens pour réaliser de tels monuments. Le granit n’est pas facile à tailler mais les pierres des différents vestiges que nous avons visité sont ajustés presque au millimètre.

Margouillat
Margouillat

Il est étonnant de voir les ânes et les dromadaires passer à 20 mètres de ces monuments classés par l’UNESCO. Il y a quelques années encore, ces bêtes venaient brouter l’herbe au pied des stèles.

Et bien sûr, nos amis les margouillats sont là. Tous ceux qui ont été en Afrique les connaissent. Ou alors, ceux qui ont entendu des contes à leur sujet.

 

 

Devant le tombeau du roi Khaleb (540 ap. JC)
Devant le tombeau du roi Khaleb (540 ap. JC)

Notre guide est plutôt du genre « Joker », et nous avons passé un bon moment avec lui. « Hailé » ce qui signifie « Force » est un jeune diplômé en tourisme. L’Éthiopie forme de nombreux jeunes chaque année à devenir guides, créateurs de tour opérateur, etc…. Ils ont raison car les ressources touristiques sont exceptionnelles. Et les archéologues ont sûrement encore de nombreuses décennies de travail dans cette ville.

Axoum est aussi la ville ou la reine de Saba s’est installée. Les fouilles des allemands ont mis à jour sa piscine et …. sa douche. 1000ans av JC quand même….

 

Et puis Axoum est la ville par laquelle est arrivée la religion orthodoxe dans ce pays… C’est là où est entreposée l’arche d’alliance (pour ceux qui n’ont pas suivi, voir ici), c’est là où la première église orthodoxe d’Ethiopie a été construite.

Elle est maintenant détruite, mais Hailé Sélassié en a fait construire une nouvelle il y a 80 ans.

Vue panoramique de 180° de l'intérieur de l'église d'Axoum
Vue panoramique de 180° de l’intérieur de l’église d’Axoum

Je ne me lasse pas d’observer ces populations pieuses.

Les messes durent en moyenne 3h le dimanche et souvent les croyants ne s’assoient pas. Ils apportent avec eux des bâtons de 1m70 surmontés d’une petite barre transversale en bois ou en laiton qu’ils calent sous leur aisselle et qui leur permet de se reposer tout en restant debout. Devant chaque église, nous voyons des croyants à genoux, embrassant les murs, la porte ou le sol. Pour rentrer dans l’église ils retirent leurs chaussures et font trois fois le signe de croix en se mettant à genoux.

Je ne me lasse pas d’observer non plus cette population travailleuse.

Nous rencontrons dans Axoum des dromadaires portant de lourdes charges guidés par des paysans à la peau brulée mais souriants. Les caravanes ne sont pas loin, qui transportaient d’Ethiopie en Arabie des blocs de sel, de l’encens, de l’or, de l’ivoire, etc…

petit_P1000795Dans les champs, pour peu qu’il y ait un peu d’herbe verte, des enfants à deux ou trois guident et surveillent des troupeaux de bovins. En short et en tshirt parfois juste avec une culotte et une toge ils restent là, sous le soleil. Dans leurs mains, un livre ou un cahier pour étudier.

Et quand il n’y a plus d’herbe ils poursuivent leur quête de nourriture.

 

 

Avant de finir cet article :

JOYEUX ANNIVERSAIRE JEAN-NOEL.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Narrow way

Paysan qui évente l'orge à Entoto
Paysan qui vanne l’orge à Entoto

De fin 1984 à aout 1985, l’Éthiopie a été victime d’une terrible famine qui touchait l’Oromo et le Tigré (le Wollo) provoquant plus d’un millions de morts…

Le monde entier s’est mobilisé (parfois tard) pour venir en aide à ce pays que certains découvraient. Le Band Aid initié par Bob Geldorf, chante « We are the world » avec les paroles de Mickael Jackson; en France Valérie Lagrange, Renaud et d’autres fondent SOS Éthiopie pour apporter des fonds pour la lutte contre la famine.

Une des raisons de cette famine était les faibles pluies de juillet-Aout et donc les faibles récoltes. Mais la raison était aussi politique. Le régime communiste en place, pour mettre à genoux  les rebellions sécessionnistes de ces deux régions n’avait pas autorisé la circulation des marchandises et donc la distribution de l’aide alimentaire. Les rebelles également s’opposaient aux convois.

Le bilan humanitaire a été catastrophique et l’aide a été malheureusement largement détournée par les militaires et les rebelles (source Jeune Afrique 03/03/2010).

En traversant ce pays il est difficile à croire qu’il y a pu y avoir une famine… La terre est riche, les paysans sont travailleurs. Ca ne devait pas arriver, ca ne devrait plus arriver.

petit_P1000684Nous partons de bonne heure pour aller de Gondar vers Aksoum (Axoum). Les rues sont déjà bien animées. Nous sommes samedi et c’est jour de marché dans toute l’Éthiopie. Les gens se saluent dans la rue, se serrent la main et cognent mutuellement leur épaule droite comme le veut la salutation populaire; certains s’embrassent. Sur la route du village au marché nous croisons des colonnes de paysans accompagnés de leurs ânes lourdement chargés, de leurs vaches ou chèvres. Certains portent des sacs sur la tête ou le dos. Parfois ils ont à parcourir 15km pour aller au marché. Pas étonnant que les coureurs Éthiopiens sont les meilleurs au monde.

La région est vallonnée, accidentée, et ils marchent à travers champs pour atteindre plus vite leur destination. Les dénivelés sont importants et le sentier dangereux. Femmes, enfants et vieillards ne sont pas épargnés.

Le paysage est magnifique. Petit à petit les monts Simien se dévoilent. Des pics rocheux de plus de 3000m d’altitude qui sont un peu un mélange entre le Grand Canyon et la Dead Valley. Une sorte de forteresse naturelle qui sépare l’Amhara du Tigré.

Les monts Simien
Les monts Simien

Nous empruntons une route vieille de 80 ans construite par les Italiens : La Lima Limo road du nom de son architecte. Mais l’essentiel de la route est en construction. Pas par les chinois, pas par les Coréens, mais par les Éthiopiens eux même. Nous découvrons un chantier sur plus de 150km ou des Éthiopiens de tout âge travaillent. Chacun à sa mesure selon ses moyens sous la chaleur étouffante. Nous nous arrêtons pour laisser passer un camion, et une jeune femme qui travaille là nous réclame une bouteille d’eau. Avec toujours le sourire… des enfants nous réclament des stylos et nous montrent leur cahier écrit en amharique.

Femme Tigré et son enfant
Femme Tigré et son enfant

Une autre halte forcée nous permet de rentrer dans une maison pour boire un sirop d’une céréale inconnue… une sorte de petit blé. De quoi se désaltérer pour 3 takas (12 centimes).

Les femmes du Tigré se reconnaissent par leur coiffure traditionnelle qui est faite de tresses plaquées sur la tête et de cheveux non tressés à l’arrière. Surement ne se lavent-elles les cheveux que tous les deux jours, voire plus…..

Leurs maisons sont différentes aussi du fait de la présence abondante de rochers. Elles sont faites de pierres liées avec de la boue. Une palissade en pierre également délimite par ailleurs la parcelle.

 

Villageois revenant du marché
Villageois revenant du marché

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C’est la Saint Gabriel…. Un saint spécial pour les Ethiopiens, comme saint Michel, saint Georges, sainte Marie….

Donc bonne fête Gaby 🙂

God knows

Nous avons tous sûrement en mémoire cet épisode d’Indiana Jones où Sean Connery jouait le rôle du père d’Indiana : les aventuriers de l’arche perdue.

Chapelle de l'arche - Aksoum
Chapelle de l’arche – Aksoum

Ce film met en scène l’arche d’alliance. Ce coffre dans lequel Moïse a placé les tables de la loi reçues sur le Mont Sinaï.

Cette arche était gardée dans le palais de Salomon à Jerusalem (livre des Maccabées) mais la légende raconte que lorsque Ménélik est retourné en Ethiopie après des années d’éducation auprès de son père, il a emmené l’arche avec lui, pour la mettre en lieu sûr sur une île du Lac Tana (d’après le livre Kebra Nagast : La gloire des rois). Plus tard, elle a été déplacée à Aksoum dans l’église Sainte-Marie-de-Sion où elle est toujours sous la garde, jour et nuit, d’un prêtre orthodoxe seul autorisé à la voir.

Toutes les églises orthodoxes d’Ethiopie possèdent une copie de l’arche. Lors de la fête de Timkat le 19 janvier, ces copies sont transportées cérémonieusement.

 

Solid Rock

petit_P1000568Nous sommes le 26 décembre et nous dirigeons vers Gondar.

Nous traversons la région Amahrique à 200km de la frontière Soudanaise à travers des paysages magnifiques.

Partout, nous voyons l’activité des paysans. Ils labourent la terre car ils viennent de récolter la canne à sucre, le tef, l’orge ou le maïs. Les boeufs et la charrues les aident à creuser ces sillons qui recevront les plants de pomme de terre ou d’autres semences pour une deuxième récolte.

Plus loin les ânes ou les bœufs tournent en rond sur un tapis de paille séchée… Leur piétinement permet de séparer le grain de sa tige.

Petit clin d'oeil à Dany, Melo et Gaby : des touc-toucs
Petit clin d’oeil à Dany, Melo et Gaby

Des maisons se construisent. La récolte étant vendue, les paysans ont de l’argent pour acheter les maigres troncs d’arbres d’eucalyptus qui feront les montants des murs de la maison ainsi que la tôle ondulée pour le toit. La paille et la boue permettent de combler les interstices dans les murs.

Les pitons rocheux sont impressionnants sur la route et les murets permettent de limiter l’érosion et favorisent la culture en terrasse.

Au début des années 1980, René Dumont publiait « Pour l’Afrique j’accuse ». Je me souviens qu’il a consacré un gros chapitre à l’Ethiopie, 10 ans après la famine de 74 qui a  précipité la chute d’Hailé Selassié juste avant la grande famine de 84 dans le Wollo. Ce livre devait être la suite de son livre   « L’afrique noire est mal partie » tant décrié dans les milieux africains…

En particulier Dumont critiquait les choix du pouvoir marxiste léniniste de Mengistu qui favorisait l’industrie et l’armée  mais délaissait l’agriculture. Les choses ont un peu changé je crois… Les routes sont excellentes, les paysans peuvent écouler leurs produits, les bidonvilles sont peu à peu remplacés par des zones d’habitation correctes. Certes, la culture du Khat remplace la culture du tef, mais les paysans peuvent le vendre et en tirer des revenus substantiels…. Sur le plan moral il est bien sûr discutable de remplacer une culture vivrière par la culture d’une plante psychotrope, mais les paysans sont-ils à blâmer?

Bien sûr il y a ces terres bradées pour la culture des roses ou des palmes…. mais les centrales hydroélectriques et les routes sont indispensables et il faut bien les payer.

J’ai vu moins de mendiants cette fois ci qu’au Bengladesh… Le chauffeur me disait ce soir que ce gouvernement améliorait la vie des gens. Peut-être enfin partie l’Ethiopie….

Palais de Facilides
Palais de Facilides

Gondar est la 3° capitale d’Ethiopie avant Addis Abeba. 300 000 hab.

Un haut lieu historique.

L’empereur Facilides y a construit son château au XV° siècle. Ses descendant ont continué. De vieilles pierres, mais des pierres solides. Patrimoine de l’Unesco.

Le château est immense et en assez bon état.

Gondar compte également parmi ses monuments, une église carrée, ce qui n’est pas habituel. Elle date du XVI°siècle. Sa forme doit faire penser à l’arche de Noé.

Prêtre contemplant les peintures sacrées
Croyant contemplant les peintures sacrées

Comme pour les autres églises, des peintures très « Ethiopiennes » ornent les murs et le plafond.

Les personnages ont tous des visages ronds avec des grands yeux ronds et des pupilles noires.

Nous découvrons que l’Union africaine construit un nouvel immeuble ici, alors que celui d’Addis est flambant neuf…. difficile à comprendre. Mes questions aux gens du coin n’ont pas trouvé de réponses à ce sujet.

 

 

 

 

Watching the river flow

L'île du monastère Entos Eyesu
L’île du monastère Entos Eyesu

Bahir Dar est la capitale de la région Amhara. Les amharas ont tenu le pouvoir depuis presque toujours en Ethiopie. Leur langue est l’Amharique devenu langue nationale, et ils sont presque tous chrétiens orthodoxes.

Nous prenons un vol intérieur tôt le matin pour aller dans cette ville de 20 000hab et située à 1800m d’altitude.

Bahar Dar  est bordé par le Lac Tana qui fait environ 70km de large et  80km de long. Ce lac comporte de nombreuses îles et sur beaucoup d’entre elles, des monastèrres orthodoxes. Nous en visitons deux.

petit_P1000411Ce sont des lieuxcalmes où les moines s’adonnent à la prière et à la lecture.

Les églises sont décorées de peintures religieuses qui permettent aux enfants et aux illettrés de comprendre la bible.

Peintures du monastère Zeghie Azwa Mariam
Peintures du monastère Zeghie Azwa Mariam

Elles sont plus souvent circulaires, et on peut donc les contourner en « observant » la bible. Une manière d’expliquer que tout est toujours un recommencement. L’alpha et l’omega…

Sur le lac, les pêcheurs utilisent de curieuses barques en papyrus, visiblement très stables. Ils pêchent avec des sortes de fils qui flottent et qui portent des hameçons. Le lac regorge de poissons…. des perches du Nil, des poissons-chats….

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Pêcheur sur le lac Tana

 

 

Notre Hôtel a environ 80 ans. Il me fait penser à Taitu à Addis Abeba, même si ce dernier est encore plus ancien. De la boiserie sculptée orne les plafonds et des peintures sacrées sont peintes sur les piliers. Cela donne un genre très antique.

 

Les chutes du Nil bleu
Les chutes du Nil bleu

Nous avions souhaité visiter les chutes du Nil bleu. Le Nil bleu prend sa naissance près de Bahir Dar et se jette dans le Nil blanc en Egypte.

Ses chutes sont fameuses. Assez d’eau pour faire une bonne douche 🙂

En saison de pluies, nombre de terres étaient inondées et des routes détruites avant la construction d’un barrage hydroélectrique de 75MW qui permet maintenant de réguler le débit. D’une hauteur d’environ 50m, elles sont impressionnantes et de toute beauté.

Jeune gardien de troupeau jouant de la flute
Jeune gardien de troupeau jouant de la flute

With god on our side

En 1979, Guy huhum’avait fait écouter « Babylon by bus » de Bob Marley. J’avais adoré ce disque… Je l’ai toujours.

Cet enregistrement live commencait par ces mots de Marley : « Ras Tafari ever living, ever faithfull, ever sure… ». Je ne comprenais pas, mais j’aimais le disque. Je ne savais pas qui était ce « Rasta Faraye » 🙂

Portail à Shashamene

Ras Tafari Mekonnen est le nom de bapteme d’Haile Selassie, le négus, roi des rois et dernier empereur d’Ethiopie. Le mouvement rastafarien qui repose sur les écrits de Marcus Garvey affirme qu’un roi noir descendant du dieu d’Israël viendrait délivrer les peuples noirs de la souffrance. La vie et l’action d’Hailé Sélassié leur laissait penser qu’il était ce roi, leur prophète.

Ce petit homme de 1m55 qui a tenu tête au grand Mussolini…. Et l’Ethiopie devait être la terre promise.

Haile Selassie ne s’est jamais revendiqué du rastafarisme, mais  il s’est rendu en Jamaïque où il a été adulé. Il a aussi « donné » la ville de Shashamene a une communauté rasta.

Lors de notre précédent voyage, nous avions traversé Shashamene. Nous nous souvenons encore de ce rasta qui a voulu nous vendre de l’herbe a un carrefour de la ville.

Statuette d'Hailé Selassié : Musée National
Statuette d’Hailé Selassié : Musée National

Hailé Sélassié a été renversé par le régime communiste de  Mengistu Haile Mariam en 1974. Assassiné en 1975.

En 1992 il est exhumé, et sa dépouille est déposée dans le Mausolée d’Addis Abeba aux cotés de celle de son oncle Menelik II.

Hailé Selassié est originaire de l’Amhara et tout le monde dans cette région le cite encore comme un homme bon qui a transformé l’Ethiopie..

Hier soir au bar de l’hôtel j’entendais des jeunes portant des dreadlocks citer Marley et entamant « Rastaman vibration ». Flashback 🙂

 

 

 

Beyond the horizon

Alpes suisses
Alpes suisses

Un voyage de jour en avion est toujours magique surtout quand il y a peu de nuages. On prend conscience de la beauté des choses… de combien on est petit…. de combien notre cerveau extrapole autant qu’il peut : entre les nuages, une mer de glace, une plaine enneigée, peu de différences.

Derrière cet horizon, il à l’Afrique…. vers où nous allons à nouveau.

Un passage sans problème à Istanbul qui, vue de haut, est une ville immense.

Mais notre objectif est l’Ethiopie… Du grec Aethiopia qui veut dire « Hommes au teint brûlé »… parait-il… Je connais une prof de grec 🙂 Certains d’entre vous aussi sûrement.

Arrivés à Addis Ababa de nuit…. 23h, heure française… 1h, heure Ethiopienne.

Mais il y a deux heures éthiopiennes 😛 : l’heure calée sur la nôtre, et l’heure traditionnelle qui fonctionne avec le soleil. A 6h, le soleil se lève, il est 0h du matin; à 18h, le soleil se couche, il est 0h de la nuit.

D’ailleurs tout marche à deux rythmes. Le calendrier Éthiopien est en retard de 8 ans sur le calendrier occidental. Nous sommes donc en 2006. Noël n’est pas le 25 décembre mais le 6 janvier (date occidentale). Le premier de l’an est le 11 Novembre. De quoi dérouter… De quoi sourire.

Notre vol s’est déroulé sans problèmes, si ce n’est que le chauffeur ne nous attendait pas dans le hall de l’Aéroport Bolé comme il y a 3 ans. Pas de téléphone pour joindre notre contact sur place, donc il ne reste qu’à attendre, prévoir des plans B, discuter avec les gens qui attendent également : des français, un allemand, des éthiopiens, on entend parler italien aussi.

Mais en Afrique tout s’arrange toujours. Notre chauffeur attendait patiemment au parking depuis 2 heures, car les règles de l’aéroport ont changé : les chauffeurs sont obligés, depuis une semaine, d’attendre plus loin.

Nuit courte donc, car nous ne sommes dans la guest house qu’à 3h du matin.

Il fait doux, 25°C. De quoi supporter un TShirt à manches longues..

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Un quartier de la « vieille ville »

 

Addis n’a pas trop changé… Un gros chantier. La vieille ville (le bidon ville plutôt) est peu à peu détruite pour laisser place à des immeubles en construction… certaines en construction depuis 3 ou 4 ans, nous avons pu le constater.

Le réseau routier se densifie… Les chinois construisent un chemin de fer de 10km en plein centre à coup de grands ponts quitte à déloger.

Notre chauffeur, Aragan, nous explique que les chinois ont envahi le pays… Plus d’un million (les Ethiopiens sont 82 millions) … Ils vivent chinois, consomment chinois, et dépensent chinois. Il nous raconte que les enfants ne crient plus Farenji (déformation de français pour désigner les blancs) mais Chaynèse (déformation de Chinese). Nous avions constaté ça à Brazzaville aussi.

Porteuse de bois
Porteuse de bois

Et puis nous nous promenons à Piazza avec une petite pensée pour ceux qui sont attachés à l’Italie (Claude, Bruno, Nella, Béa…) . Ce quartier fut construit par les italiens au début du XX° siècle. Quartier aux bâtiments assez typiques, aux boutiques accolées à un étage et toit plat.

Pour ce premier jour nous retournons également à Entoto à 3500 m d’altitude. Le roi Menelik II  y a fait construire un palais pour lui et son épouse Taïtu.

Nous sommes encore impressionnés en voyant les femmes au travail. D’Entoto (alt 3500m) elles descendent des charges de bois de plus de 50kg pour les vendre une vingtaines de Birr en périphérique d’Addis (5km plus bas à 2500m). Le prix d’un verre de bière ici. On aimerait les aider, porter à leur place, mais combien d’hommes y arriveraient?

Et d’Entoto, nous voyons Addis Abeba, capitale née en 1900 et qui se perd à l’horizon, hébergeant ses 5 millions d’habitants.

 

Addis Ababa vue d'Entoto
Addis Ababa vue d’Entoto

 

Early Roman Kings

Voila une autre légende qui est un des fondements de la nation Ethiopienne.

Salamon et la reine de Saba : Musée National Addis Abeba
Salamon et la reine de Saba : Musée National Addis Abeba

La reine de Saba, Makéda, est connue de tous comme ayant été une femme sublime qui régnait sur le Yemen et l’Ethiopie vers 1000 ans av JC (En 2008, des archéologues d’Hambourg auraient trouvé les vestiges du palais de Makéda dans le Nord de l’Ethiopie.).

Fascinée par la réputation du roi Salomon que lui ont rapporté les marchands, elle décida de rendre visite à ce roi de Jérusalem.

Le dernier soir de son séjour, Salomon lui proposa de dormir dans son palais. Makéda accepta à condition que Salomon ne tenta rien pour la ravir. En échange, elle s’engagea à ne rien prendre du palais.

Mais Salomon fit servir un repas épicé et salé sans boissons. Dans la nuit, la reine, assoiffée, alla boire d’une cruche située non loin de sa chambre mais surveillée discrètement par Salomon.

Vitrail d'Harar présentant MENELIK II
Vitrail d’Harar présentant MENELIK II

Le serment étant rompu, les voila donc amants pour une nuit.

Neuf mois et neuf jours plus tard, de retour en Ethiopie, elle donna naissance à un garçon qu’elle nomma Ménélik.

Ménélik retournera en Israêl pour recevoir l’instruction de son père et la couronne d’Ethiopie. Il sera le premier empereur Salomonien d’Ethiopie descendant direct de David.

A la fin du XIX° siècle, une autre Menelik, Menelik II, s’est rendu célèbre pour ses conquêtes qui ont tracé les contours de l’actuel territoire Ethiopien, mais surtout pas sa victoire contre les Italiens à Adoua. Victoire qui a mis fin à toutes velléités coloniales contre l’Ethiopie.

Le dernier empereur de la lignée des salomoniens sera Hailé Sélassié.

 

Christmas in the hearth

Que peut-on bien faire un soir de Noël à Addis Abeba ? Je sais que certain(e)s se posent la question… :-p

Injera et sauce
Injera et sauce

Noël n’est pas fêté ici le 24 au soir… ceux qui suivent auront compris.

On ne peut donc rien faire de particulier si ce n’est un bon repas arrosé et avoir des pensées pour vous tous dans nos coeurs.

Pour le plat : de l’Injera avec de la viande en sauce. Plat national, cette galette de tef est incontournable sur les tables Ethiopiennes.

Gouder
Gouder

 

Le vin : du Gouder produit localement. Une robe un peu brunâtre comme du massala. Un gout inqualifiable… qu’on préfère ne pas qualifier d’ailleurs. A remplacer par de la bière dans un futur Noël 🙂

Une salade de fruit avec des fruits exotiques cueillis le matin. Ça c’est un luxe que vous devriez nous envier.

Café
Café

 

Un café avec des grains broyés à la main et un doux parfum d’encens dans la pièce. Je suis sur que certains salivent (Véronique ?).

 

 

J’allais oublier qu’on peut admirer un sapin de Noël un peu kitch par ci et par là.

Never say Goodbye

Notre précédent voyage en Ethiopie nous avait enchanté… Une envie d’y revenir…

La vie des Surmas (ou Suris) en symbiose avec la nature. le seul pays africain à n’avoir pas été colonisé (malgré la tentative des italiens qui ont du renoncer à leurs prétentions coloniales après une sévère défaite à Adoua).

Femme suri
Femme à plateau Suri à Kibish

La diversité de ses populations, de ses nombreuses ethnies (les Surmas ne sont que 20 000 pour un pays qui compte 90 millions d’habitants; les mursis sont à peine 4000). Un pays duquel Homère parlait dans l’Illiade; des royaumes prestigieux comme celui d’Aksoum ou de Gondar.

Nous avions envie de revenir dans ce pays. Toujours guidé par Abel mais sans Werede cette fois-ci.

Nous connaissons tous des histoires et des légendes d’Ethiopie. A se demander si c’est le pays qui a fait les légendes ou si ce sont les légendes qui ont fait le pays.

Lucy : Musée d'Addis Abeba
Lucy : Musée d’Addis Abeba

J’avais 11 ans,  lorsqu’en novembre, la radio annonçait qu’on avait découvert notre ancêtre à tous, dans la vallée du rift en Ethiopie. Une femme de plus de 3 millions d’année. Les paléontologues l’avaient appelé Lucy, parait-il à cause de la chanson des Beatles « Lucy in the Sky with Diamonds » qui passait à la radio lors de la découverte des ossements.

D’après certains spécialistes des Beatles, cette chanson qui ne veut rien dire, mais qui a une forte inspiration Dylanienne, serait un clin d’oeil au LSD beaucoup consommé en 1967 lors de la sortie du « Sgt Peppers… ».

Lucy, que les Ethiopiens appellent Dinqnesh (« la merveilleuse ») a été trouvée entre la vallée de l’Awash et le désert de Danakil la région la plus chaude d’Ethiopie.

J’imagine aisément les ouvriers Ethiopiens, laborieux, travailler sur le chantier de fouille tout en mâchant le khat, moins cher que le LSD. Ces feuilles aux vertues euphorisantes sont beaucoup cultivées et consommées dans cette partie du monde.

Lucy est conservée au musée d’Addis Abeba mais nous n’avions pu voir que sa réplique lors de notre dernier voyage.