Kibish

La cérémonie du café est, en Ethiopie, ce qu’est la cérémonie du thé dans les pays musulmans. Ca ne se refuse pas.

La poudre de café est jetée dans l’eau bouillante et il est servi en trois fois (comme le thé). Le troisième café, le plus dilué, est donc le moins fort. On dit qu’on ne peut refuser le 3° au risque d’être pris par le diable… Bonne tradition…. c’est bon pour moi, trois cafés c’est un minimum ;-). Véronique je crois que ça te plairait.

Je prends donc mon petit déjeuné de café (Je n’arrive pas à me faire à l’Injera le matin. Claude est passée au thé) avec Bulu qui a une très grande connaissance de son pays et des traditions.

Un couple vient le saluer. Ils se cognent leurs épaules droites en guise de poignée de main. Ce sont les salutations traditionnelles ici. La femme, très grande et élancée, a des lobes d’oreilles percées par de gros trous. Elle porte une belle robe de couleurs vives mi longue qui révèle ses deux chevilles ornées chacune d’une dizaine d’anneaux en argent. Bulu me les présente comme étant des amis Surma (ou Suri).

 

Werede après 6 jours en notre compagnie commence à fatiguer. Il est en retard ce qui n’est pas dans ses habitudes.

Nous partons à 9h du matin sur une route en construction, encore, qui nous mène de Mizane à Kimisch. Sur le premier tronçon, nous croisons des femmes portant de lourdes charges. Les femmes africaines m’ont toujours impressionné par leur courage, leur endurance, leur optimisme. Malgré les difficultés de leur vie, c’est elles qui portent leur famille. Qu’elles soient jeunes, vieilles ou enceintes elles portent des charges trop lourdes pour elles. Donnez leur le pouvoir et elles changeront ce continent.

 

En parcourant ce pays, on comprends mieux pourquoi les EThiopiens raflent régulièrement des médailles dans les compétitions d’athlétisme et en particulier de courses. A perte de vue des montagnes et les populations marchent énormément.

 

Petite pensée pour Yvon… La construction de la route est assurée par les chinois. Il y a un an, nous croisions les mêmes images dans le Mayombe. Même technique, mêmes outils et toujours le chinois qui pianote sur son téléphone portable et les ouvriers noirs qui font le travail.

Un peu plus loin, à Koka, les indonésiens ont rasé une forêt pour exploiter le palmier à huiles (une surface de 50km x 50km). A coup de désherbants très puissants, ils empêchent l’herbe de pousser, mais polluent les rivière menaçant à terme les sociétés pastorales.

Après les européens, ce sont les asiatiques qui pillent l’Afrique. J’ai appris entre temps que les serres de roses de Ziway exploitées par les hollandais, étaient appelées ici « les serres de la mort » a cause de la quantité d’ouvrier qui sont atteints de cancer. On pourra faire quelques Copenhague encore….

La journée est ponctuée aussi par les problèmes mécaniques.

Petite pensée pour Ahmed ;-). D’abord une crevaison avant le repas… Vers 15h, nous tombons dans une montée en panne de carburant. Werede n’avait pas surveillé la jauge… Il est fatigué aujourd’hui. Le repas pour midi a été oublié également à Mizane. Depuis le départ d’Addis, nous transportons 120l de fuel sur le toit, mais là, les tubulures se sont remplies d’air et il nous faudra pousser, pomper, recommencer pendant une bonne heure avant que ça ne redémarre. Werede et moi avons, dans nos mains droites, des ampoules « gagnées » à la suite de la manipulation de la pompe à gazoil trop chaude et inaccessible.

« That’s adventure » dit Werede en souriant. « Yeah, and all good adventure has an happy end… » 😉

 

Nous traversons le pays Menet et Maji. Je repense à ces dessins d’Hugo Pratt dans une BD que j’avais acheté il y a 20 ans : « Les Ethiopiques ». On retrouve tout à fait les personnages de cette BD en observant ces populations.

 

Vers 16h30, nous entrons en pays Suri.

De nombreux adolescents complètement nus gardent des troupeaux de bovins. Les Suris sont des éleveurs, mais ils ne tuent jamais leurs bêtes. Ils se nourissent de leur lait et de leur sang. L’un des adolescents a la peau grise, enduite de cendre. Le body painting est rituel ici.

Sur la route également une jeune femme portant un plateau (labret) labial d’environ 15cm. Ce n’est donc pas uniquement du folklore pour les touristes, car elle n’est pas là pour nous.

A la tombé de la nuit nous arrivons à Kibisch dans un campement prévu pour recevoir des touristes. Il n’y a pas d’hotel ici.

Des enfants Suris nous accueillent en nous réclamant des bananes ou des bouteilles d’eau vides.

Un couple souhaite qu’on le prenne en photo. La femme exhibe une poitrine dénudée portant des scarifications rituelles grossières sur les seins et le ventre.

Ici les photos se monayent. Rien de surprenant, de nombreux photographes ont fait fortune grâce aux photos prises chez les Suris. D’ailleurs le photographe du livre « Fenêtre sur l’Ethiopie », Hans Sylvestre, est dans le camp dans la tente voisine de la notre. On le saluera demain. Pas question donc de prendre des photos avant d’avoir clarifié les choses.

 

Le campement est calme. Nous disposons de deux tentes, pour nous et nos bagages.

 

Je ne connais pas grand chose de plus romantique qu’une nuit africaine en plein milieu de nulle part, sous un ciel couvert de millions d’étoiles visibles. Pas de lumière parasite ici. Les grillons chantent et au loin on entend des éclats de voix en langue Suri (je suppose) ainsi que des sons de tamtam et de flute. Je suppose qu’au villages les jeunes dansent….

On verra cela demain car la journée a été longue.

 

2 réflexions sur « Kibish »

  1. Les enfants utilisent les bouteilles, simplement pour y mettre de l’eau. Nous n’avions pas compris tout de suite car ils nous suivaient en criant « Highland »…. C’est le nom d’une eau minérale locale.

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