Citations

Ne pas savoir n’est pas recommandé, mais ne pas questionner c’est pire.

Notre voyage touche à sa fin. Riche en apprentissage, riche en rencontres et en émotions.

Un voyage en Afrique bouscule toujours, nous remet à notre place et nous impose d’être très humbles, nous, occidentaux, qui vivons dans un environnement matériel qui rend les choses souvent faciles.
Nous, occidentaux, qui voyons le quotidien de manière assez individualiste.

Ma crainte était de retrouver un Sénégal plus dégradé que celui de 1984 ; davantage de mendicité, davantage de problèmes d’eau, de transport.
Il n’en est rien.

Le Sénégal a incontestable progressé, tout en gardant cet ancrage dans les traditions.
Chaque conversation nous amenait vers cette revendication d’identité. Les sénégalais avaient envie de nous apprendre davantage de vocabulaire de leur langue. Ils s’amusaient à entamer une conversation en wolof, pour continuer finalement en français dans le but de ne pas nous gêner. Ils tiennent à leur langue : « On ne perdra jamais notre langue maternelle ». Beaucoup étaient fiers de savoir que je venais ici pour essayer de toucher du doigt (des 4 doigts devrais-je dire) la pratique de la kora, instrument roi des mandingues.
Le griot est encore celui qui donne le nom aux enfants. Ce ne sont pas les parents, pas l’imam (bien que ce dernier lui donne un nom secret en lien avec le jour de naissance et le coran). Le griot est encore présent lors des fêtes familiales pour rappeler le lignage et maintenir ce lien entre ceux qui ne sont plus et ceux qui arrivent ou qui ne seront plus.
Bien que davantage cachés, les amulettes (grigri) se portent toujours encore par les jeunes générations. Preuve s’il en faut que les croyances populaires sont encore présentes.

Des choses changent toutefois : on peut être d’origine griotte et être un élu politique; les mariages endogamiques sont encore trop souvent exigés tout comme l’excision des filles, mais une tendance à l’abandon de ces pratiques est réelle (mouvement « Touche pas à mon corps »).

Pour les garçons, les rites initiatiques pour passer du stade d’enfant au stade d’homme perdurent et c’est une bonne chose. Nous avons eu la chance à Kafountine, au hasard d’une promenade, d’apercevoir un « masque » en déplacement. Le costume et le masque représentait probablement un gorille ou un grand singe, mais personne n’a voulu nous en dire plus.  Des enfants le suivaient en respectant une certaine distance.
A Saint Louis également nous avons pu apercevoir un groupe de jeunes garçons (10-14 ans) vêtus de noir et coiffés du bonnet à pointe des enfants en période d’initiation.

L’esprit communautaire rencontré en 84 persiste. Hassan nous expliquait comment les associations de classes d’âge, viennent en aide à leurs membres pour des travaux des champs ou pour des occasions familiales (mariage, baptême, décès). Faire partie d’une telle association impose des contraintes dont on peut se soustraire en payant une « amende » (mauvaise traduction de « compensation ») mais tous les jeunes, en font parti. Ces associations n’acceptent pas la mixité car les travaux communautaires sont différents selon le genre.

Sur le plan social, nous avons observé une nette diminution de la mendicité. Elle existe, mais elle est moindre qu’en 1984. Nous avons croisé bien moins de personnes handicapés par la poliomyélite. La vaccination a visiblement permis d’enrayer ce drame.
La visite d’un hopital de quartier à Dakar, a montré une très bonne organisation médicale. Bien sûr c’est la capitale, mais un constat inverse peut être fait dans d’autres capitales africaines, de surcroît plus riches.

Un car rapide de Dakar et un taxi

Le transport routier se transforme sans rupture. Les gares routières de Dakar et de Saint Louis n’ont plus rien à voir avec celles des années 80, et les transports traditionnels (cars rapides, 7 places, 14 places) sont toujours là et profitent des routes de bonne qualité. Une autre forme de transport routier, plus organisé, géré par la société nationale Dem Dikk apporte une alternative de qualité sans augmentation du coût. Dans Dakar, Dem Dikk, les taxis et les car rapides rencontrés déjà en 84 se côtoient à des coûts supportables par la population.

Le réseau électrique aussi continue à s’étendre. Nous avons vu des lignes en construction en Casamance et dans le Nord. Pas de coupures périodiques et là où l’électricité n’arrive pas, des petits panneaux solaires sont installés.

Le point qui me semble le plus encourageant et qui s’oppose fortement à mes constats des 1984 est le recul de la désertification. Des remèdes à moindre coûts, prônés par les agronomes dans les années 80 ont été mis en oeuvre et le résultat est vraiment visible. Les ONG, les organisations internationales, le gouvernement mais surtout les populations ont fait ici un travail extraordinaire. A ce rythme, les zones non cultivables du Sine Saloum d’hier, seront dans 10 ans des vergers et des forêts. C’est me semble-t-il un exemple à répéter à tous les africo-sceptiques.

baobabs (senegal 2018)

De la même manière, les productions locales sont encouragées :

  • dans presque tous les bars ou restaurants on peut acheter des jus de bissap, de gingembre ou de bouye ; Coca Cola est bien sûr là, mais les Sénégalais tiennent au Bouye, boisson provenant du pain de singe de l’arbre fétiche : le baobab ;
  • dans les boulangeries on peut acheter du pain fait avec un mélange de farine de  mil et de maïs et la ressemblance avec le blé est saisissante. Une manière d’encourager les céréales locales ;
  • des fast-food sont là aussi, mais il servent des plats nationaux. Aucun Mac Donald ou équivalent n’est visible au Sénégal. Ce sont des dibiteries ou des petits maquis tenus par des femme pour compléter leur revenu.

Le point noir, mais déjà constaté au Burkina Faso en 2007 et au Congo en 2010 est la pollution grandissante.
Nous avons été surpris en discutant avec un jeune homme de 17 ans qu’il n’avait pas conscience de la dégradation de l’environnement et il ne connaissait même pas le nom « pollution ».
Jeunes ou vieux jettent sans scrupule des déchets plastiques à terre.
S’ils sont récupérés, ces déchets sont enfouis dans des zones appelées pompeusement  Centre technique d’enfouissement.
Par ci, par là des initiatives locales sont prises, mais il n’y a pas de vrai conscientisation et pourtant, nous avons vu des requins échoués sur les plages, des chèvres manger du papier et du plastique.

Si René Dumont devait revenir, il est certains qu’il ferait de la lutte contre la pollution en Afrique sa priorité numéro une. 
Un professeur de l’université de Dakar qui faisait une enquête de terrain à Saint Louis, et que nous avions rencontré au hasard d’une promenade,  mettait en cause l’absence d’action du gouvernement. Mais à ce niveau de gravité, le problème ne peut plus venir que du gouvernement. La lutte contre la pollution des déchets plastiques doit devenir une cause nationale.

Des métiers ont disparu, ou presque, comme celui de vendeur de livres en bord de route.

Les tisserand traditionnels ont disparus aussi des rues. Nous les avons cherchés mais sans succès, alors qu’en 84 je les voyais dans presque tous les quartiers en bord de route.
L’élargissement des routes de Dakar et donc la réduction de leur espace de travail peut sûrement expliquer cette situation Mais aussi que cette activité propre à une caste, n’est plus rentable et que les jeunes ont préféré faire autre chose. Et pourtant leur travail était de qualité et j’en veux pour preuve des vêtements achetés en 1984 et que je porte toujours.

Assurément le Sénégal a changé. La découverte récente  de pétrole dans le Nord va très certainement provoquer de nouveaux changements. Espérons que ce filon financier ne soit pas, comme pour le Gabon, le Tchad, le Congo ou d’autres, un nouveau fléau pour ce beau pays.
Un futur voyage nous le dira peut-être.