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Ne pas savoir n’est pas recommandé, mais ne pas questionner c’est pire.

Notre voyage touche à sa fin. Riche en apprentissage, riche en rencontres et en émotions.

Un voyage en Afrique bouscule toujours, nous remet à notre place et nous impose d’être très humbles, nous, occidentaux, qui vivons dans un environnement matériel qui rend les choses souvent faciles.
Nous, occidentaux, qui voyons le quotidien de manière assez individualiste.

Ma crainte était de retrouver un Sénégal plus dégradé que celui de 1984 ; davantage de mendicité, davantage de problèmes d’eau, de transport.
Il n’en est rien.

Le Sénégal a incontestable progressé, tout en gardant cet ancrage dans les traditions.
Chaque conversation nous amenait vers cette revendication d’identité. Les sénégalais avaient envie de nous apprendre davantage de vocabulaire de leur langue. Ils s’amusaient à entamer une conversation en wolof, pour continuer finalement en français dans le but de ne pas nous gêner. Ils tiennent à leur langue : « On ne perdra jamais notre langue maternelle ». Beaucoup étaient fiers de savoir que je venais ici pour essayer de toucher du doigt (des 4 doigts devrais-je dire) la pratique de la kora, instrument roi des mandingues.
Le griot est encore celui qui donne le nom aux enfants. Ce ne sont pas les parents, pas l’imam (bien que ce dernier lui donne un nom secret en lien avec le jour de naissance et le coran). Le griot est encore présent lors des fêtes familiales pour rappeler le lignage et maintenir ce lien entre ceux qui ne sont plus et ceux qui arrivent ou qui ne seront plus.
Bien que davantage cachés, les amulettes (grigri) se portent toujours encore par les jeunes générations. Preuve s’il en faut que les croyances populaires sont encore présentes.

Des choses changent toutefois : on peut être d’origine griotte et être un élu politique; les mariages endogamiques sont encore trop souvent exigés tout comme l’excision des filles, mais une tendance à l’abandon de ces pratiques est réelle (mouvement « Touche pas à mon corps »).

Pour les garçons, les rites initiatiques pour passer du stade d’enfant au stade d’homme perdurent et c’est une bonne chose. Nous avons eu la chance à Kafountine, au hasard d’une promenade, d’apercevoir un « masque » en déplacement. Le costume et le masque représentait probablement un gorille ou un grand singe, mais personne n’a voulu nous en dire plus.  Des enfants le suivaient en respectant une certaine distance.
A Saint Louis également nous avons pu apercevoir un groupe de jeunes garçons (10-14 ans) vêtus de noir et coiffés du bonnet à pointe des enfants en période d’initiation.

L’esprit communautaire rencontré en 84 persiste. Hassan nous expliquait comment les associations de classes d’âge, viennent en aide à leurs membres pour des travaux des champs ou pour des occasions familiales (mariage, baptême, décès). Faire partie d’une telle association impose des contraintes dont on peut se soustraire en payant une « amende » (mauvaise traduction de « compensation ») mais tous les jeunes, en font parti. Ces associations n’acceptent pas la mixité car les travaux communautaires sont différents selon le genre.

Sur le plan social, nous avons observé une nette diminution de la mendicité. Elle existe, mais elle est moindre qu’en 1984. Nous avons croisé bien moins de personnes handicapés par la poliomyélite. La vaccination a visiblement permis d’enrayer ce drame.
La visite d’un hopital de quartier à Dakar, a montré une très bonne organisation médicale. Bien sûr c’est la capitale, mais un constat inverse peut être fait dans d’autres capitales africaines, de surcroît plus riches.

Un car rapide de Dakar et un taxi

Le transport routier se transforme sans rupture. Les gares routières de Dakar et de Saint Louis n’ont plus rien à voir avec celles des années 80, et les transports traditionnels (cars rapides, 7 places, 14 places) sont toujours là et profitent des routes de bonne qualité. Une autre forme de transport routier, plus organisé, géré par la société nationale Dem Dikk apporte une alternative de qualité sans augmentation du coût. Dans Dakar, Dem Dikk, les taxis et les car rapides rencontrés déjà en 84 se côtoient à des coûts supportables par la population.

Le réseau électrique aussi continue à s’étendre. Nous avons vu des lignes en construction en Casamance et dans le Nord. Pas de coupures périodiques et là où l’électricité n’arrive pas, des petits panneaux solaires sont installés.

Le point qui me semble le plus encourageant et qui s’oppose fortement à mes constats des 1984 est le recul de la désertification. Des remèdes à moindre coûts, prônés par les agronomes dans les années 80 ont été mis en oeuvre et le résultat est vraiment visible. Les ONG, les organisations internationales, le gouvernement mais surtout les populations ont fait ici un travail extraordinaire. A ce rythme, les zones non cultivables du Sine Saloum d’hier, seront dans 10 ans des vergers et des forêts. C’est me semble-t-il un exemple à répéter à tous les africo-sceptiques.

baobabs (senegal 2018)

De la même manière, les productions locales sont encouragées :

  • dans presque tous les bars ou restaurants on peut acheter des jus de bissap, de gingembre ou de bouye ; Coca Cola est bien sûr là, mais les Sénégalais tiennent au Bouye, boisson provenant du pain de singe de l’arbre fétiche : le baobab ;
  • dans les boulangeries on peut acheter du pain fait avec un mélange de farine de  mil et de maïs et la ressemblance avec le blé est saisissante. Une manière d’encourager les céréales locales ;
  • des fast-food sont là aussi, mais il servent des plats nationaux. Aucun Mac Donald ou équivalent n’est visible au Sénégal. Ce sont des dibiteries ou des petits maquis tenus par des femme pour compléter leur revenu.

Le point noir, mais déjà constaté au Burkina Faso en 2007 et au Congo en 2010 est la pollution grandissante.
Nous avons été surpris en discutant avec un jeune homme de 17 ans qu’il n’avait pas conscience de la dégradation de l’environnement et il ne connaissait même pas le nom « pollution ».
Jeunes ou vieux jettent sans scrupule des déchets plastiques à terre.
S’ils sont récupérés, ces déchets sont enfouis dans des zones appelées pompeusement  Centre technique d’enfouissement.
Par ci, par là des initiatives locales sont prises, mais il n’y a pas de vrai conscientisation et pourtant, nous avons vu des requins échoués sur les plages, des chèvres manger du papier et du plastique.

Si René Dumont devait revenir, il est certains qu’il ferait de la lutte contre la pollution en Afrique sa priorité numéro une. 
Un professeur de l’université de Dakar qui faisait une enquête de terrain à Saint Louis, et que nous avions rencontré au hasard d’une promenade,  mettait en cause l’absence d’action du gouvernement. Mais à ce niveau de gravité, le problème ne peut plus venir que du gouvernement. La lutte contre la pollution des déchets plastiques doit devenir une cause nationale.

Des métiers ont disparu, ou presque, comme celui de vendeur de livres en bord de route.

Les tisserand traditionnels ont disparus aussi des rues. Nous les avons cherchés mais sans succès, alors qu’en 84 je les voyais dans presque tous les quartiers en bord de route.
L’élargissement des routes de Dakar et donc la réduction de leur espace de travail peut sûrement expliquer cette situation Mais aussi que cette activité propre à une caste, n’est plus rentable et que les jeunes ont préféré faire autre chose. Et pourtant leur travail était de qualité et j’en veux pour preuve des vêtements achetés en 1984 et que je porte toujours.

Assurément le Sénégal a changé. La découverte récente  de pétrole dans le Nord va très certainement provoquer de nouveaux changements. Espérons que ce filon financier ne soit pas, comme pour le Gabon, le Tchad, le Congo ou d’autres, un nouveau fléau pour ce beau pays.
Un futur voyage nous le dira peut-être.

Un jeune qui a beaucoup voyagé est plus âgé qu’un vieux qui est toujours resté au village

Pour revenir sur Dakar, nous avons choisi cette fois-ci la version confort. Dem Dikk est une compagnie de transport nationale qui s’est vue équipée de 475 bus indonésiens en 2015. Des bus d’un assez bon standing, climatisés, rapides et surtout ponctuels.

L’organisation est impressionnante :

  • réservation et payement 48h avant le départ,
  • pas de surbooking, 
  • pas de cohue car le départ se fait dans des gares routières dédiées, 
  • et un prix équivalent à celui des 7 places (7,5€ pour le trajet Dakar Saint Louis).

Les Sénégalais sont ravis et fiers de leurs bus et ils attribuent ce progrès au président en place.

Nous partons à 15h03 (au lieu de 15h) et arrivons vers 20h à 500m de notre logement.

C’est la pluie qui tombe petit à petit qui remplit le fleuve.

En 1984 je m’étais rendu à Diama, là où l’organisation de mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) était en train de construire un barrage. Il devait permettre l’irrigation de la vallée du fleuve et produire de l’électricité pour les 3 pays concernés par le fleuve : Sénégal, Mali et Mauritanie.  
A l’époque, ce projet était très controversé par de nombreuses ONG et en particuliers celles intervenant au Sénégal et celles qui s’occupaient des problématiques d’environnement. René Dumont lui même était très critique en raison de l’expropriation des populations, des risques sur l’écosystème fluvial et en particulier les risques de salinisation du fleuve.

Bateau de pêche sur le fleuve Sénégal

Force est de constater que, même si le barrage a provoqué des déplacements de populations, il permet aujourd’hui d’alimenter en électricité une partie du Sénégal, et surtout la production agricole, grâce à l’irrigation de la vallée du fleuve, a augmenté.  Les Sénégalais parlent de ce projet comme d’un vrai succès.

A l’inverse, en 2003, le gouvernement Wade a créé une embouchure artificielle du fleuve, large de 4m, Situé à 5 km au sud du pont Faidherbe et qui devait permettre de favoriser l’écoulement du fleuve vers la mer et lutter ainsi contre la montée des eaux.  L’embouchure naturelle se trouvait alors à 30km du pont. Une société marocaine avait en charge ces travaux. Le résultat est catastrophique, car l’érosion de la langue de Barbarie par le mer fait que ce canal à aujourd’hui 6 km de large et cette brèche augmente encore. L’embouchure naturelle, elle, s’est fermée en raison du sable et du peu de courant. La mer rentre à présent dans l’estuaire très près de la ville et attaque la langue de terre menaçant directement la quartier populaire de Get Ndar.
La montée des eaux due au changement climatique aggrave encore le risque de disparition de Saint Louis. Déjà maintenant, certains terrains ne peuvent plus être exploités pour le maraîchage en raison des inondations et salinisations.

Nous entreprenons une promenade en pirogue pour longer cette bande de terre séparant le fleuve de la mer et appelée langue de Barbarie. L’eau du fleuve est brunâtre ce qui est la couleur caractéristique en saison de pluie car le fleuve charrie le sable de la Guinée, du Mali et du Sénégal jusqu’à la mer.

Les pélicans de la langue de barbarie 2018)

Des pélicans, cormorans et autres aigrettes habitent les lieux.
Le fleuve est riche en poisson et ces oiseaux trouvent ici la nourriture qui leur est nécessaire (1,2 kg pour le pélican).

Si tu ne changes pas de place, tu ne peux pas savoir quel endroit est agréable.

Saint Louis est une ville très agréable. Elle fut la première capitale de l’Afrique Occidentale Française au moment des colonies.

Fleuve Sénégal vu du pont Faidherbe (2018) 

Le gouverneur Faidherbe dirigea le pays de 1854 à 1865. De nombreux lieux font référence à lui ici, mais le plus connu est le pont qui enjambe le fleuve, qui relie la terre à l’île. 

Il a mis fin au royaume wolof du Cayor en combattant le souverain (damel) Lat Dior très populaire au Sénégal mais il a aussi été un grand bâtisseur pour le Sénégal : la ligne de chemin de fer Dakar-Saint Louis, les ports de Dakar et de Saint Louis, des écoles de formations, etc…
Le pont porte son nom, mais en son hommage, car Faidherbe est à l’origine d’un premier pont flottant mais pas du pont métallique qui est arrivé plus tard.

Faidherbe reste controversé par les Sénégalais. Certains voient en lui l’envahisseur et d’autres lui reconnaissent des intentions prossessistes pour le Sénégal.

L’architecture du vieux Saint Louis est proche de celle de Gorée car les maisons ont été construites par les portugais, anglais et Français. Les maisons ont des tuiles et sont en briques rouges importées initialement de Bordeaux. Il y a peu de rénovations des bâtiments et c’est dommage car certains tombent presque en ruine malgré le fait que l’Unesco a classé la ville au patrimoine de l’humanité.

Le palais du gouverneur (Saint Louis 2018)

C’est une petite ville et on en a vite fait le tour, mais il fait bon s’y promener, même en calèche. Malheureusement les vendeurs ambulants sont assez « collants » et il est épuisant de les repousser en permanence par des deedet Dieure Dieff (Non merci en wolof).

Qui attend longtemps au puits finira par y trouver un seau à puiser.

Se déplacer au Sénégal est en soi déjà une aventure.

Pour nous rendre à Saint Louis, ancienne capitale de l’AOF, nous décidons de prendre un minibus 14 places à la gare routière Baux Maraîchers.

Arrivée à 7h à la gare et pris en charge par un coxeur, le responsable de l’orientation des passagers. Nous sommes les premiers passagers dans ce minibus d’origine japonaise, visiblement déjà bien amorti.
La condition sine quanon pour que le bus parte est qu’il soit plein.
Patiemment nous observons les movements  de foule et espérons avec angoisse que nos co-voyageurs potentiels n’aient pas une surcharge pondérale trop importante car cela réduirait bien sûr notre espace vital sur les banquettes du bus.

Taxi brousse (Dakar 2018)

A 10h, la voiture est pleine et on peut penser à s’en aller, mais pas avant que  le chauffeur ait acheté son sandwich, salué ses copains et fait le plein.

Au bout de 20km, à peine sorti de Dakar, un bruit suspect pousse le conducteur à s’arrêter. La roue arrière gauche n’était tenu que par un boulon sur 5. Les 4 autres boulons étaient absents. Pas de cric… Il dévisse le boulon d’un autre roue, déshabille Pierre pour habiller Paul, mais malheureusement rien n’y fait. Nous sommes en pleine campagne avec un soleil bien haut et une température qui avoisine les 35°.

Au bout de 30mn et pas mal d’agacement de tout le monde, un bus déjà bien rempli, vient à notre secours et nous changeons donc de véhicule. Plus confortable et plus rapide. Le sourire revient, mais à mi chemin nous changeons à nouveau de véhicule pour un vieux bus plus chargé, moins ventilé et qui s’arrête à la demande.

A chaque arrêt; les vendeuses de mangues, d’eau glacé ou d’arachides rentrent dans le bus pour proposer leurs marchandises.
Les guérisseurs aussi profitent de la tribune pour essayer de convaincre les passagers que leurs grigris contre les serpents ou le rhume du ventre (entendez la Diarrhée) est efficace. Et ça marche…

Au final nous arrivons à 17h après avoir parcouru tout juste 400 km.

Nous admirons lors de la traversée du Sénégal du centre au Nord, les changements de paysages.
Nous admirons les superbes baobabs tout au long de la route.

baobabs (senegal 2018)

De nombreux villages traversés ont un nom qui commence par Keur ce qui signifie « la maison de… » en wolof.

Cheikh Anta Diop, célèbre anthropologue Sénégalais a rédigé dans les années 70 une étude dans laquelle il comparait la langue bretonne avec le wolof. Les similitudes nombreuses mais aussi la présence de mégalithes dans le Sine Saloum comme en Bretagne l’ont conduit à élaborer une hypothèse sur la migration des populations d’Afrique de l’Ouest vers le Nord et donc la Bretagne.

Tout au long de la nationale 2 qui nous mène à Saint Louis, nous découvrons, à nouveau, les horreurs de la pollution.

Mais, point très encourageant, je n’ai pas observé du tout le phénomène de désertification constaté en 1984, alors que cette année là, j’étais dans cette région à la fin de la saison des pluies. Il y a eu un gros effort de fait pour le reboisement, la mise en place de barrière d’arbustes, mais aussi de creusement de puits.

Seules les montagnes ne se croisent pas

Nous quittons Kafountine de très bonne heure.
Nous quittons la maison du roi, la Casamance, du portugais Casa Di Mansa par une petite pluie fine.
Je laisse derrière moi Aliou et ses sons magiques. Aliou et ses nombreuses histoires de la grande épopée des Mandingues; celle du vieux notable fortuné qui est mort sur sa chaise en attendant sa jeune et belle femme, ou celle du marabout décédé en écoutant la kora de son ami griot. J’emporte avec moi l’histoire de kelefa Sanneh, ce roi déjà évoqué qui a découvert la kora et qui était connu pour ses faits d’armes.
Nous laissons derrière nous Hassan et nous gardons en mémoire  ses sourires, sa gentillesse…
Guida et ses magnifiques plats.
Vieux, Moussa, Bouba… sans oublier Kath et Adams bien que n’étant pas là étaient avec nous au quotidien.
Ce qui enrichi une vie ce sont les rencontres, et nous en avons fait de très belles ici.

Nous souhaitions revenir à Dakar par la route et non plus par le bateau. Départ à 6 heures de matin avec Ansu qui nous attendait à 500 m de la maison en raison de la route impraticable. Direction Banjul, la Gambie, mais le passage par cette enclave du Sénégal impose l’achat d’un visa pour les Français; le coût s’est avéré plus élevé que ce que nous pensions, mais nous avions notre joker – Ansu – qui nous a sorti d’une situation embarrassante. A Banjul, il a fallu laisser la voiture pour monter dans le ferry qui assure la traversée du fleuve Gambie. Grosses pensées pour toi Thérèse, car la dernière fois que je l’ai traversé c’était avec toi.
De retour sur la terre ferme il a fallu négocier, en Dalasis la monnaie locale, un taxi pour nous conduire à la frontière Sénégalaise. Puis encore un autre taxi (un 7 places cette fois ci ) pour retourner à Dakar. Ansu nous laissa là, mais lorsque le taxi avait pris de la vitesse nous nous sommes rendu compte que le chauffeur ne parlait que le wolof…

Arrivé à Kaolak alors que nous venions de lui payer sont dû pour le transport, notre chauffeur s’arrête sur un parking de station service.  Un individu anglophone vient nous expliquer que nous devons changer de voiture car le chauffeur initial n’a pas d’habilitation pour rouler à Dakar. Grosses discussions entre le chauffeur initial, le nouveau chauffeur potentiel, l’anglophone, le frère du chauffeur (parait-il) qui est venu également se mêler à la discussion. Puis finalement on ne change plus… Et 5 minutes plus tard nous changeons tout de même pour une voiture de tourisme plus confortable que la 505 break.
Une anecdote bien africaine qui pourrait très vite mal tourner si on perd son sang froid. Mais en afrique tout fini toujours par s’arranger.

sine saloum (2018)

Au départ de la frontière, nous traversons le début du Sine saloum en passant par Fatick, Kaolak, et Mbour avant Dakar. Le sine saloum est plus vert qu’en 1984, le niveau du fleuve Saloum est élevé et le fleuve est très large.

Par contre la pollution est importante. Tout au long du chemin de retour des déchets et dépotoirs sont visibles. Mbour, ville touristique est terriblement polluée et j’ai cru revoir les dépôts d’ordures de mon enfance dans mon village.

Les sénégalais n’ont pour la plupart absolument aucune conscience écologique. Ils jettent à terre, plastique, canettes vides, etc, et tout fini par se retrouver dans la mer au regard de ce que nous avons pu observer sur les plages.

A Dakar, la population de mouton a nettement augmentée depuis notre départ. Signe que la fête de la Tabaski approche.

Quartier Amitié (Dakar 2018)

On ne connait l’utilité des fesses qu’au moment de s’asseoir.

A vélo, nous parcourons la campagne tout autour de Kafountine.
Par les sentiers de terre et de sable, nous progressons au milieu des champs d’arachide et des champs de plants de riz jusqu’à arriver à la plantation de tomate d’Hassan.

Kafountine (2018)

Le puit fraichement terminé à une profondeur de 7m, ce qui est suffisant pour fournir de l’eau toute l’année. A la fin de la saison de pluie, le niveau d’eau peut être à 2 mètres de la surface du sol. Les puits sont creusés à la main et ont un diamètre de 1m mais contrairement à ce que j’avais vu il y a quelques années, ils placent à présent des parois préfabriquées circulaires en béton qui empêchent effondrement du puit.

Nos activités cyclistes nous amènent aussi sur la plage de Kafountine à Abene. 6 km de bicyclette sur une plage déserte. La mer est calme et rouler sur la plage par marée basse avec l’air du large est vraiment reposant.

La plage d’Abene (2018)

On n’enseigne pas aux poissons à nager

Nous faisons un petit break dans mes habituelles kora practices de l’après-midi, pour nous rendre à la plage.
La mer se trouve au bout de la route goudronnée de Kafountine. Une grande plage qui autrefois, il y a 10 ans, accueillait des touristes dans un campement tenue par un niçois. Mais la mer a peu à peu rogné la plage, le niveau est monté et les paillotes en ciment ont été détruites. Le propriétaire est retourné en France laissant derrière lui les ruines.
La plage est maintenant occupée par les pêcheurs et leurs barques. Nous voyons des petites barques pour 6 personnes mais également d’autres plus grandes pouvant accueillir 40 à 50 personnes. Elles sont richement décorées de peintures vives. Parfois la proue représente une lune et une étoile, symbole de l’islam. Souvent une peinture de Chekh Ahmadou Bamba orne la coque car le propriétaire est mouride.

Barques sur la plage de Kafountine (2018)

Ce sont ces barques qui transportent les émigrants sahéliens vers les côtes espagnoles, parfois pour une fin tragique. Il est difficile d’imaginer la vie de ces émigrants sur ces barques pendant de nombreux jours. Il n’y a pas de place pour dormir encore moins pour un peu d’intimité. Que ceux qui pensent que cette émigration est un choix de confort viennent voir.

L’activité sur la plage est importante. Des bâteaux de pêche viennent d’acoster.

Les poissons pêchés sont déposés à même le sol ou dans des cagettes, et des femmes trient les différents types de poissons avant de les emmener vers des zones de ventes ou de transport. Soles, baracudas, requins, raies, et bien d’autres dont j’ignore le nom ont été ramenés après de nombreuses heures en mer.
Un peu plus loin, un pêcheur entaille des yet, grand molusque essentiel dans un bon tieb bou dien.

Tri des poissons (Kafountine 2018)

Près de la plage un hangar blanc est en construction. « Ce sont les chinois qui construisent une usine à farine de poisson ». La population ne veut pas de cette usine car elle apportera de nombreux désagréments en particulier de mauvaises odeurs et de la pollutions. Les Sénégalais ne consomment pas la farine de poisson, la farine sera donc exportée. « Les jeunes s’opposent à cette implantation, mais les décideurs ont accepté l’argent ». « Les chinois ne respectent pas nos pays et ils viennent polluer chez nous ». Des répliques déjà entendues ailleurs. Des phénomènes déjà constatés dans d’autres secteurs d’activités en Afrique. En nous approchant de l’usine nous observons un technicien chinois préparant un coffrage pour béton, assisté de deux ouvriers Sénégalais.
De grosses fumées noires de feux de bois s’échappent par les toits des paillotes traditionnelles. En dessous des femmes originaires de Guinée Bissau souvent entretiennent le feu et surveillent le poisson qu’elles fument.

Nous quittons le village de pêcheurs à vélo chargés de deux magnifiques poissons que nous braisons et partageons le soir avec Hassan et Bouba un jeune habitant de Kafountine qui nous a accompagné dans l’après-midi.

C’est avec l’eau du corps qu’on tire celle du puits

Il a plu toute la nuit. De grosses pluies abondantes dont les gouttes font un bruit important en tombant sur les tôles ondulées qui recouvrent le toit.
Dans la matinée également, une grosse pluie discontinue tombe et le vacarme du toit empêche d’entendre le son de la kora.
Le chemin menant du village à la maison est totalement inondé, boueux et glissant.

Hassan vient nous voir souriant. Cette pluie est salutaire, car il n’aura pas à arroser ses plants de tomates en puisant de nombreux et lourds seaux d’eau du puit.
Nous avons observé avec lui hier soir l’éclipse de lune (Merci Ornella de nous l’avoir rappelé). Un phénomène qu’il ne connaissait visiblement pas, et il avait ce regard étincellant qu’ont les enfants lorsqu’ils découvrent quelque chose de nouveau. Hassan à 37 ans,  et une petite fille de 4 ans qui vit en Europe avec sa maman.

Avec la pluie de la nuit et du matin, l’herbe a poussé presque instantanément sur le vaste terrain. Le domaine de Kath et Adams compte plusieurs maisons, mais sutout il est recouvert d’une végétation sauvage. C’est leur choix de garder ce coté sauvage à leur domaine. Moussa nous expliquait que les habitants du village venaient parfois ici cueillir des plantes médécinales car la déforestation, conséquence de la pression démographique, a conduit à la suppression de nombreuses variétés de plantes.

Avec l’humidité et les flaques d’eau, les moustiques prolifèrent.
Dès que la nuit tombe ils s’attaquent à ma peaux de blanc en ponctionnant quelques microlitres de sang à chaque piqûre. Ni la citronnelle, ni le répulsif ni l’encens n’y font rien. Ils piquent même à travers les vêtements et chaque soirée se termine par des démangeaisons gênantes.

Kafountine

Kafountine est un petit village très tranquille qui me fait penser un peu à Ferkessedougou en Côte d’Ivoire.
Un petit centre ville traversée par une voie principale goudronnée le long de laquelle sont alignés les commerces : épicerie, quincaillerie, fruits et légumes, buvette, vulcanisateur, etc…
Les gens ne sont ni stressés ni stressants. En tant que blanc (toubab) nous sommes saluées, mais pas harcelés. Le plus souvent nous sommes interpellés en anglais alors que la langue nationale est le français. La proximité de la Gambie mais aussi la présence de certains résidents anglais, Kath et Adams en font parti, explique cela. Leur anglais est bien compréhensible. Davantage qu’il ne l’est en Ethiopie.
Les enfants nous suivent en nous appelant toubab et en nous présentant leur main pour nous saluer.
Tout autour de la rue principale des parcelles de terrains avec maison et champ d’arachide. Les clotures sont inexistantes ou parfois réalisées sommairement avec des branchages. Des poules, des cabris et des vaches errent sur les chemins et parfois dans les champs en friche.
C’est l’hivernage, la saison des pluies, où on peut semer pour espérer une récolte dans quelques mois. Les champs sont proprement labourés sûrement à la main ou grâce à la traction animale car nous ne voyons aucun tracteur ni montoculteur.
A l’aide d’un baton, un agriculteur fait un trou dans la terre et y jette une graine avant de le refermer d’un coup de pied. Opération réalisée sûrement de la même manière depuis la nuit des temps.

La spéciaité de la Casamance est l’arachide, premier produit d’exportation du Sénégal. En quittant Zighinchor, nous avions longé une usine d’huile d’arachide et à coté d’elle des montagnes de plus de 10m de hauteur d’arachides. Les casamançais produisent également du riz mais sont obligés d’en importer de l’étranger. Le riz Taïwanais est moins cher sur les marchés que le riz du Sénégal. En 84 la sécheresse obligeait le Sénégal à importer du riz, maintenant c’est le commerce international qui déprécie le riz du pays.

Kafountine est prisé également par les rastas. Nous rencontrons de nombreux jeunes portant des dreadlocks et arborant les couleurs vert jaune rouge des rastas (ce sont aussi les couleurs du Sénégal) ou des Tshirt de Bob Marley… Dsn une île voisine, le pavot est parait-il cultivé librement.

Quand un vieux meurt c’est une bibliothèque qui brûle

La beauté de la kora est à la hauteur de la difficulté à apprendre à en jouer.
Cela me rappelle mes balbutiements à la guitare ou pendant des heures je jouais et rejouais les gammes et les mêmes enchaînement jusqu’à ce que cela devienne un automatisme.
Mais là, avec 4 doigts, il faut pincer 2 ou 3 cordes parmi 22. Je me sens très gauche et je commence à avoir des ampoules au bout des index.

La kora est un instrument né en Gambie d’après la légende. Selon une autre légende il viendrait du Mali. Un roi Kelefa Sanneh  (Soundiata Keita dans le cas de la légende malienne) se déplaçait dans son royaume avec son serviteur lorsque, arrivé au bord d’un rivière, il vit un génie (Djin) tenant cet étrange instrument. Il le prit et fit vibrer les cordes et il trouva ce son agréable. Son serviteur le pris à son tour et il joua une mélodie. Le roi impressionné décida qu’à l’avenir ce serviteur serait son musicien attitré. Il existe des versions longues et plus romancées de cette histoire.

On connait les castes en Inde traditionnelle, mais beaucoup ignorent qu’un système de caste basé sur une classification professionnelle existait, existe encore à certains points de vue, en Afrique occidentale.
Les agriculteurs, éleveurs et pêcheurs sont les hommes libres, les geers, les nobles, car ils ont le pouvoir de nourrir les populations. Les nenno sont les castes inférieures : forgerons, potiers, menuisiers, cordonniers… La caste la plus basse est celle des griots (gewels). Ces derniers sont considérés comme impurs au point qu’on ne les enterrait pas, par peur qu’ils souillent la terre. On les déposait dans des grottes ou des baobabs.
Leopold Sedar Senghor, premier président du Sénégal, interdit cette pratique à la fin des années 60.
Les mariages ne se font qu’entre personnes de la même caste (mariage endogamique).
Les griots ont la puissance des mots et étaient craints à cause de cela. Un griot pouvait ridiculiser un roi, mais il ne pouvait pas être châtié pour ses paroles. On lui offrait des cadeaux afin qu’il ait la parole généreuse. L’appartenance à une caste inférieures n’entraînant pas de fait une pauvreté matérielle, au contraire. Chaque caste possédait la maîtrise d’un savoir, donc d’un pouvoir, et le système offrait de fait à la fois une stabilité et une place importante à chacun. Que ferait un roi sans son forgeron qui confectionne les outils ? sans son potier qui fabrique les canaris contenant l’eau ? sans son cordonnier qui prépare les équipements en cuir ? etc.

Du fait de sa maîtrise de la parole, le griot pouvait être aussi le porte parole du roi, et aussi un historien car la tradition orale prédominait dans l’afrique traditionnelle. De nombreux chants traditionnels racontent l’histoire de l’empire du Mali, de Soundiata Keïta ou de l’almami Samori Touré
Les épouses des griots sont les griotes, mais elles ne jouent pas d’instrument de musique, elles chantent. La seule artiste célèbre pour son jeu de kora est Sonah Jobarteh à ma connaissance.
On est griot de père en fils et les grandes familles de griots sont les Kouyate, les Jobarteh, les Sissoko, les Kante ou Konte. Salif Keïta n’est pas issu de famille griotte mais de famille royale et probablement son choix professionnel a-t-il été difficilement accepté au début de sa carrière.

Aliou n’est pas de famille griote, mais il a été adopté par un korafola célèbre du nom de Messin Cissokho qui lui a transmis ses connaissances au sujet de la kora.

D’une grande gentillesse, il est aussi doué d’une incroyable dextérité et je mesure la chance que j’ai de travailler avec lui, même si j’ai l’impression d’être un piètre élève.
Toute la famille d’Aliou est mandingue et il parle donc le malinké. Les mandingues sont les populations ayant appartenu et qui sont héritières du grand royaume du Mali, le Mandé. Le Mandé s’étendait du XII° au XV° siècle du Nord au sud de l’actuelle Mauritanie à la Gambie et jusqu’à la frontière Est de l’actuel Mali.

Notre séjour à Koufountine se passe bien, et nous redécouvrons les formidables plats du Sénégal. Le poulet Yassa de Guida est divin et que dire du Tieb bou Dien préparé avec le poisson pêché le matin à 5 km de là. Les mets sont tellement bons que l’on a tendance à abuser sur la quantité de ce qu’on mange, ce qui sème quelques troubles dans nos estomacs d’occidentaux.

La pureté de l’instant est faite de l’absence de temps (C.A. Kane)

La Casamance est une région un peu particulière du Sénégal. Séparée du Nord par la Gambie, enclave du pays née des rivalités coloniales entre la France et la Grande Bretagne, elle revendique depuis toujours un statut indépendant. Elle est différente à de nombreux point de vue :
-sa population est majoritairement chrétienne ou animiste
-la Casamance est verdoyante contrairement au Sine Saloum ou au Fouta qui à un climat sahélien
-on y parle le diolas et le wolof n’est qu’un langue véhiculaire comme le français.

Nous entrons en Casamance par son fleuve qui nous conduit jusqu’à Zighinchor, la capitale régionale. Les dauphin nagent dans le sillage du Aline Sitoe et nous font profiter de leur ballet. Le spectacle créé de l’animation sur le bateau tout cela rythmé sur la musique de Youssou Ndour retransmise au bar.

Dauphins dans le fleuce Casamance (2018)

Le ciel est davantage dégagé qu’à Dakar et il fait chaud.

A notre arrivée, Ansoumane notre chauffeur d’un jour, gambien, nous cherche au Port pour nous conduire chez Aliou. Celui qui sera pour une semaine mon prof de kora.
Depuis quelques semaines déjà, nous sommes en contact avec eux par téléphone ou par mail pour organiser ce séjour. Premières poignées de main, premiers échanges, premiers rires.

Après avoir pris le thé traditionnel et récupéré ma kora, nous partons vers Kafountine où nous passerons la semaine.
J’avais pris contact avec Kath et Adams, un couple d’anglais qui s’est installé au Sénégal il y a presque 20 ans et qui font la promotion de la kora dans le monde. Ils ne seront pas avec nous, mais ils ont très spontanément accepté de nous louer une chambre chez eux.
C’est un petit coin de paradis, plusieurs maisons de construction traditionnelle. Pas de superflux, pas d’électricité ou juste ce qu’il faut grâce à deux panneaux solaires, pas d’internet… Il faudra le mériter en allant en ville à 30mn à pied.

La douche froide est à ciel ouvert, mais il y a une douche (Private joke 🙂 ).
L’eau au robinet n’est pas potable car elle provient d’un château d’eau qui puise l’eau dans un puit à ciel ouvert, mais Hassan remplit régulièrement le canari (sorte de pot en terre) avec de l’eau potable.

Pas de bruit de moteurs, seul le bruit du vent dans les arbres, les oiseaux, les grillons et les cris des singes.
Hassan le jardinier nous accueille. Il est lui aussi Gambien comme Guida  la cuisinière. Moussa l’intendant des lieux et Vieux, l’homme d’entretien sont sénégalais. Hassan et Guida ne parlent pas le français, Vieux et Hassan parlent un peu l’anglais. Entre eux ils parlent en wolof.

Nous échangeons avec eux tantôt en Français, en Anglais ou en wolof (pour le peu de wolof qu’il me reste après 34 ans).

Il ne faut pas insulter le crocodile avant d’avoir traversé la rivière.

En décembre 2002, l’un des plus gros naufrage en mer survient au large du Sénégal. Le Joola, bateaux de croisière qui relie Dakar à Zighinchor s’échoue avec 2000 personnes à bord. Il n’y aura que 64 rescapés. La raison de cette catastrophe est que le bateau n’était prévu que pour le transport de 500 passagers.
Le Aline Sitoe Diatta remplace aujourd’hui le Joola, et c’est lui qui nous conduit à Zighinchor, capitale de la Casamance.

Le Aline Sitoe Diatta (Sénégal 2018)

Alin Sitoe Diatta est une résistance Diola née en 1920 qui s’est opposée aux colonisateurs par le refus de payer des impôts et de fournir des hommes pour partir à la guerre. Elle sera déportée à Tombouctou par le régime colonial et y mourra en 1944. C’est une héroïne Casamançaise au même titre que l’est Jeanne d’Arc en France. Pour certains elle est même qualifiée de reine de Casamance.

Nous avions pris les billets en France en Mai. A Dakar, il suffisait d’échanger la version numérique contre la version papier au port autonome.
Nous sommes donc arrivés reglementaireement au Port à 15h pour la récupération des billets, mais on nous demande de patienter pendant 15mn. Au bout de 30 minutes une panne d’électricité bloque les bureaux du port jusqu’à 17h.
Entre temps les bureaux des enregistrements ont accueilli les clients pour les réservations de la traversée des jours suivants.
Lorsqu’à 17h30 les bureaux ont pu à nouveau fonnctionner, les services de distribution des billets ont préféré satisfaire la commande des nouveaux billets.
A 18h30, nous étions encore en attente de nos billets qu’il fallait juste récupérer. Voyant le temps passer certains administrateurs ont finalement jugé pertinent d’utiliser un guichet sur 3 pour la remise de nos billets matériels. Mais le guichet retenu pour cela disposait d’un ordinateur en panne. Eclats de voix des clients mécontents, répliques des fonctionnaires du port exaspérés par le stress et la pression qu’on leur fait subir. Agacés, les dames au guichets quittent leurs postes laissant la situation se dégénérer encore un peu plus. La fin de l’embarquement était annoncé à 19h mais à 18h45 la distribution a finalement commencé grâce aux deux guichets encore fonctionnels.
Nous avons quitté finalement Dakar à 21H, une heure de retard, par une mer bien plus calme que l’ambiance au port.

Crépuscule sur Dakar (2018)

L’afrique est une école de la patience.

Bienvenue dans la Teranga

Teranga veut dire Hospitalité en Wolof.

Notre chauffeur de taxi nous accueille avec ces mots. dans sa renault 25 arrivée au Sénégal de France en 1999.

La grande mosquée de Dakar

Accroché au rétroviseur un médaillon de Cheikh Ahmadou Bamba le fondateur de la confrérie des mourides opposant farouche à la colonisation à la fin du XIX° siècle.

Les mourides sont très puissants au Sénégal et tout gouvernement ou candidat politique est tenu d’obtenir leurs grâces s’il veut réussir.

Dans les rues de Dakar, des enfants avec des boites de conserves mendient pour obtenir un peu d’argent. Le plus souvent, il s’agit de talibés, des enfants de l’école coranique pris en charge par des marabouts et qui, pour payer leur dû se doivent de rapporter de l’argent à ce dernier.

Nous décidons de leur donner plutôt des petits pains, car ils ne mangent pas toujours à leur faim.

On croise également dans les rues des hommes portant des vêtements sales et des dreadlocks. Il s’agit de mourides ayant fait vœux de pauvreté et d’allégeance à la confrérie : les Baye Fall.

Le temps révèle les vérités

Les deux souvenirs qui me restent de ma première nuit à Dakar en 84, sont la moiteur du corps en raison de l’humidité et de la chaleur en saison des pluies, et le chant du Muezzin à 6h du matin.

Ca n’a pas changé.

Après une nuit bien chaude, nous sommes réveillés à 5h par l’appel à la prière. La mosquée Peul Fouta est à 100 mètres de notre logement et on ne peut pas ne pas l’entendre.

A 6 heures, le quartier s’anime peu à peu et les petites bonnes du quartier, employés de maison ou simplement des enfants de la maison, commencent à balayer les trottoirs. Tous les matins inlassablement elles balayent le sable déposé par le vent et les passants.

Traction attelée Gorée 2018)

Le quartier Amitié est un quartier populaire réhabilité dans les années 80. Les rues sont de très bonne qualité mais la circulation est dense. Hormis les voitures on y croise les chevaux utilisés pour déplacer des charges, des moutons et des passants.

Dans presque toutes les rues des commerçantes ont installé des cantines traditionnelles où pour quelques centimes, assis sous une bâche et sur quelques planches, on peut prendre un sandwich et du café. C’est aussi un lieu de rencontre où s’échangent les nouvelles.

Pour notre première journée à Dakar, nous retournons à Gorée. Cette île à l’histoire tourmentée, est surtout connue pour l’importance qu’elle a joué dans le commerce triangulaire.

La porte de non retour (Gorée 2018)

On a beau connaître l’histoire, on a beau y avoir déjà été, on ne peut s’empêcher de sortir de là avec les yeux humides et un fort sentiment d’incompréhension des hommes.

Chaque pas dans la maison des esclaves nous révèle de nouvelles horreurs passées : la salle des femmes, la salle des vierges, la salle des enfants, les cachots des récalcitrants etc…. Je ne peux m’empêcher de penser que le sol sur lequel je marche a été foulé par des dizaines de milliers d’esclaves qui n’ont rien demandé que de vivre dans leur pays et avec leur famille. Moins de la moitié ont survécu à la traversée séparés, déracinés….

L’horreur.

« Moi je suis l’autre et l’autre est moi » aime à dire Jean Ziegler.

Gorée reste en dehors de cela, une île paisible qui vit du tourisme et de la pêche. A peine 1800 habitants qui occupent ces vieilles maisons construites soit par les portugais, les anglais ou les français.

Cette première journée est aussi l’occasion pour nous de manger un excellent Tieb Bou Dien, le riz au poisson; le plat traditionnel du Sénégal.

Le Sénégal est le 4° consommateur de poisson au monde.

Tieb Bou Dien (Sénégal 2018)

 

La vérité est au delà des montagnes, pour la trouver il faut voyager !

C’est avec ce proverbe sénégalais que commence  la première page de ce voyage.

Nous prenons, comme lors de mon premier voyage au Sénégal, un vol Ibéria au départ de Franckfort. .

C’est toujours un spectacle étonnant de voir les nuages accrochés dans le ciel. Ces masses d’eau suspendues qui font penser à du blanc d’œufs battus en neige.

Trois heures d’escale à Madrid pour arriver quatre heures plus tard à Dakar à 20h30 heure locale (22h30 à Paris).

J’avais été marqué en 84 par une odeur indescriptible, particulière que je ne connaissais pas en descendant de l’avion. Sûrement un savant mélange entre les odeurs de la terre humide, de la mer non loin, et du bois brûlé utilisé pour préparer la cuisine.

C’était alors mon premier vrai contact avec l’Afrique.

J’avais retrouvé cette odeur en 85 à Brazzaville, mais plus jamais depuis.

J’espérais retrouver cette sensation olfactive en descendant de l’avion mais seuls des odeurs de pollution automobiles sont perceptibles.

Le nouvel aéroport Blaise Diagne inauguré en 2017 se trouve à 45km du centre de Dakar.

Nous rejoignons Dakar à bord d’un grand bus moderne, en 45mn grâce à une autoroute à péage de 2×2 voies construite et gérée par Eiffage.  Le coût du péage n’est pas très élevé, environ 3€ pour les 45km,  mais ramené au salaire Sénégalais cela n’est pas négligeable.

Dakar vue de Gorée (2018)

Sur le trajet, des immeubles en construction, et d’autres ornés d’idéogrammes chinois. Je crois apercevoir également un camp chinois, à l’instar de ce que nous avions connu au Congo ou en Ethiopie, composé de baraquements et dans lequel vivent les contre-maitres chinois et les ouvriers expatriés et souvent originaires de la campagne chinoise.

Le bus nous mène au stade Senghor, le plus grand de Dakar.

Les taxis de Dakar

A partir de là nous empruntons un taxi. Ils sont toujours jaunes et noirs, ça n’a pas changé. Des vieilles Renault (R19, R16, R25…) et de vieilles Peugeot (205, 405, 309, 505…) rendent toujours de loyaux services aux chauffeurs Dakarois.

Fall, notre chauffeur conduit une vielle 205, sans lumières, sans clignotants, aux amortisseurs fatigués par les nombreux kilomètres parcourus mais qui ne sont plus comptabilisés depuis longtemps.  Le moteur est là et c’est l’essentiel.

Fall peste tout le long du trajet entre le stade et ce qui sera pour quelques nuits notre logement. Il n’avait pas compris où il devait nous emmener et le prix négocié lui semblait trop faible finalement, mais il s’était engagé.

Une sorte de gestionnaire affecte les clients aux chauffeurs. Lorsque le chauffeur accepte de faire « la course » il ne peut plus changer d’avis.

J’avais négocié à 2000CFA sur la base du tarif qu’on m’avait indiqué, mais c’est au final, en ayant pris conscience de la distance,  plus de 4000 CFA (6€) que je lui ai donné. Fall est reparti avec le sourire en me laissant son numéro… Je pense avoir été trop généreux.

Nous logeons dans le quartier Amitié à à peine 20 minutes à pied  du lieu où je logeais en 1984. Merci au Dieu du GPS et à celle qui m’a parlé de MAPS.ME. Fall n’aurait jamais trouvé ce lieu sans ce guide numérique.

Journey through the past

En août 1984 je faisais mon premier voyage en Afrique, au Sénégal. Un voyage d’un mois, passé essentiellement dans des  projets de développement, dans des villages : Fass Badianene dans le Sine Saloum au centre, Kabiline en Casamance au sud de la Gambie, et Ndioum dans le Foutah dans le nord à la frontière de la Mauritanie.

Claude fit le même type de voyage en Novembre 1985, plus court, avec moins de déplacements, mais tout aussi riche en rencontres et découvertes.

J’en ai gardé le souvenir d’un très beau pays, varié sur le plan géographique et dont les populations sont fières et travailleuses.

Ce premier voyage au Sénégal m’avait donné envie d’en savoir plus sur cette « Afrique mystérieuse » où chaque pays, chaque région, chaque ethnie est une nouvelle source de découverte et d’émerveillement.

Trente quatre ans plus tard, après avoir mis les pieds dans huit autres pays africains, c’est à nouveau un voyage vers le Sénégal que nous entreprenons, mais c’est un autre voyage. Un autre contexte et un autre objectif : la musique et un retour vers le passé.

Griot avec son Ngoni (Sénégal 1984)

En 84 j’avais fait une belle rencontre, à N’dioum, avec un griot, un musicien traditionnel, qui se déplaçait de maison en maison pour chanter, soit les louanges du propriétaire du lieu, soit des épisodes de la grande histoire du royaume Mandingue, accompagné de son Djeli Ngoni, ou Xalam, à 4 cordes.

La simplicité du jeu, la richesse du son, accompagnée du chant a été un déclencheur en moi pour vouloir en entendre plus.

On en a vu depuis des artistes africains : Youssou Ndour, Mory Kante, Balake SIssoko, Doudou Ndiagne Rose, Rokia Traoré ou tout récemment Fatoumata Diawara et la kora est devenue pour moi une évidence. Un instrument à cordes que j’aimerai pratiquer un peu.

Et c’est en cherchant un stage de Kora que ce voyage a pris forme.

Deux semaines qui nous mèneront du Sud au Nord. En Casamance, à Saint Louis dans le Nord ; deux régions du Sénégal où Claude n’a pas été.