On n’enseigne pas aux poissons à nager

Nous faisons un petit break dans mes habituelles kora practices de l’après-midi, pour nous rendre à la plage.
La mer se trouve au bout de la route goudronnée de Kafountine. Une grande plage qui autrefois, il y a 10 ans, accueillait des touristes dans un campement tenue par un niçois. Mais la mer a peu à peu rogné la plage, le niveau est monté et les paillotes en ciment ont été détruites. Le propriétaire est retourné en France laissant derrière lui les ruines.
La plage est maintenant occupée par les pêcheurs et leurs barques. Nous voyons des petites barques pour 6 personnes mais également d’autres plus grandes pouvant accueillir 40 à 50 personnes. Elles sont richement décorées de peintures vives. Parfois la proue représente une lune et une étoile, symbole de l’islam. Souvent une peinture de Chekh Ahmadou Bamba orne la coque car le propriétaire est mouride.

Barques sur la plage de Kafountine (2018)

Ce sont ces barques qui transportent les émigrants sahéliens vers les côtes espagnoles, parfois pour une fin tragique. Il est difficile d’imaginer la vie de ces émigrants sur ces barques pendant de nombreux jours. Il n’y a pas de place pour dormir encore moins pour un peu d’intimité. Que ceux qui pensent que cette émigration est un choix de confort viennent voir.

L’activité sur la plage est importante. Des bâteaux de pêche viennent d’acoster.

Les poissons pêchés sont déposés à même le sol ou dans des cagettes, et des femmes trient les différents types de poissons avant de les emmener vers des zones de ventes ou de transport. Soles, baracudas, requins, raies, et bien d’autres dont j’ignore le nom ont été ramenés après de nombreuses heures en mer.
Un peu plus loin, un pêcheur entaille des yet, grand molusque essentiel dans un bon tieb bou dien.

Tri des poissons (Kafountine 2018)

Près de la plage un hangar blanc est en construction. « Ce sont les chinois qui construisent une usine à farine de poisson ». La population ne veut pas de cette usine car elle apportera de nombreux désagréments en particulier de mauvaises odeurs et de la pollutions. Les Sénégalais ne consomment pas la farine de poisson, la farine sera donc exportée. « Les jeunes s’opposent à cette implantation, mais les décideurs ont accepté l’argent ». « Les chinois ne respectent pas nos pays et ils viennent polluer chez nous ». Des répliques déjà entendues ailleurs. Des phénomènes déjà constatés dans d’autres secteurs d’activités en Afrique. En nous approchant de l’usine nous observons un technicien chinois préparant un coffrage pour béton, assisté de deux ouvriers Sénégalais.
De grosses fumées noires de feux de bois s’échappent par les toits des paillotes traditionnelles. En dessous des femmes originaires de Guinée Bissau souvent entretiennent le feu et surveillent le poisson qu’elles fument.

Nous quittons le village de pêcheurs à vélo chargés de deux magnifiques poissons que nous braisons et partageons le soir avec Hassan et Bouba un jeune habitant de Kafountine qui nous a accompagné dans l’après-midi.

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