Des suri et des hommes

Des Suri et des Hommes

Pardon pour ce jeu de mot emprunté d’un livre de Steinbeck, mais les Suris sont vraiment un peuple à part. Ils veulent maintenir coûte que coûte leurs manières de vivre et traditions. Le gouvernement essaye de les faire changer mais c’est très mal vécu et cela se traduit parfois par de gros problèmes. Dans le village de Koka, que nous avons traversé, l’armée veille, car les suris ont tué un militaire il y a 4 jours. Tout le monde est armé, ça peut vite dégénérer.

Nous apprenons que les Suris vivaient nus, ou presque, jusqu’il y a 10 ans, avant que le gouvernement ne leur impose de s’habiller. Seuls des peaux de chèvres recouvraient partiellement les corps des femmes. Ils sont toujours partiellement dénudés recouverts juste d’une toile souvent violette, nouée sur l’épaule droite… pour le principe…. Ils ne semblent avoir aucun sentiment de pudeur; en passant devant une rivière nos guides de 18 et 19 ans ont retirés leurs vêtements pour se laver et se baigner tous nus devant nous.

A Kibish où nous nous sommes installés, nous passons notre journée à visiter des clans Suri et à marcher.

Il fait vraiment très chaud et les dénivelés à parcourir n’arrangent rien.

Les femmes portent leurs plateaux soit pour des raisons esthétiques lorsqu’elles sont à marier ou qu’elles veulent plaire, soit pour qu’on les respecte lorsqu’elles ont un « age avancé ». « Age avancé » sous entend au-dela de 45 ans…. No comment.

La lèvre est percée au fer rouge et les deux incisives inférieures sont arrachées après la puberté.

De mois en mois, le diamètre du plateau est augmenté jusqu’à atteindre 15cm après 1 an.

Plus la diamètre est important, et plus le père peut espérer une bonne dote pour la fille. Une bonne dote s’élève à environ 40 vaches (13000 euros) et deux kalachnikov. C’est énorme quand on pense qu’en montagne, on estime qu’un Suri dispose d’environ 100 euros par an pour vivre). Mais il faut savoir qu’un suri a un lien affectif avec ses bêtes. Il ne les vend pas, il ne les tue pas, ce qui explique qu’il y a des cheptels de 500 têtes. Il est fréquent qu’une famille ait 50 bêtes et ils les connaissent toutes. Pas de tatouage pas de marque au fer rouge.

Nous faisons la connaissance d’Hans Sylvestre. Il doit bien avoir 75 ans et est une personne d’une grande sensibilité et qui adore ce pays. Il y vient 3 fois par an depuis 9 ans. Il était là au mois d’avril mais n’a pu rester à Kibisch que 2 jours en raison d’un climat de quasi-guerre qui régnait ici.

La loi du talion est presque la seul loi. Quand on mélange kalachnikov, alcool et téléphone portable (pour les guet appent) cela fait des dégats. Tout le monde a une kalach. Notre jeune guide suri de 18 ans nous apprend que son père lui a rapporté une kalach pour 320 euros du sud-soudan.

En allant dans le bar du village ce soir, 50% des hommes portaient une arme. Impressionnant.

Notre guide possède une grande quantité de blessures mal cicatrisées. Ce sont des blessures résultant des Dongas… Le Donga est un combat qui se pratique avec des batons dès l’âge de 16ans. Il est interdit par la loi, ce qui fache les suris qui estiment que c’est leur culture qui est menacée. C’est lors des Dongas qu’un garçon montre sa valeur. C’est aussi lors des Dongas qu’un fille choisit l’homme qu’elle aimerait épouser. A lui ensuite d’accepter ou de refuser, mais il lui faut aussi pouvoir payer la dot.

Le gardien du campement, un homme imposant d’une quarantaine d’année (mais il en fait 50), est un ancien champion de Donga, respecté et craint de tous. Il ne se déplace jamais sans sa kalachnikov.

Les cases suris sont très basses et on ne peut y entrer qu’accroupis. La piece centrale circulaire de 5m de diametre et haute de 1m50, fait office de chambre à coucher et de cuisine; 7 à 8 personnes peuvent y vivre. Tout autour de cette piece, un 2° cercle large de 0,50m renferme des affaires et peut faire office de chambre d’amis. Au dessus de la pièce principale le grenier à grains. Le lieu de vie est à l’extérieur, ainsi que la cuisine principale.

Après une marche difficile de 3h30 en montagne et sous la chaleur, nous passons une courte soirée avec Werede et un de ses amis chauffeur au bar du coin,où les hommes du village consomment la bière de miel locale. Au passage nous goutons un alcool blanc distillé fait à base de mais et d’orge. Ca ne vaut pas le kirsch mais ça tape.

Bon Anniversaire Marinette

 

2 réflexions sur « Des suri et des hommes »

  1. Merci Lydia. C’est facile de faire de belles photos avec des personnages aussi étonnants. La femme est très belle malgré le plateau.
    En fait il semble qu’elles aient du mal à articuler, à moins que ce soit la langues Suri. Cela dit elles sont obligées de cracher souvent. Elles ne portent pas leur plateau tout le temps comme je l’expliquai; nous avons rencontré cette femme très haut dans la montagne. Elle ne nous attendait pas…. Elle ne l’a donc pas mise pour la circonstance. Juste pour plaire à son mari je suppose. D’autres femmes plus agées ne portent pas en permanence le plateau et on voit donc leur lèvre percée.

  2. La première photo est très belle ! Je me suis toujours demandée si les plateaux gênent les femmes pour manger ou parler ? Je suppose qu’on s’y fait mais c’est vraiment très impressionnant ! Merci en tout cas pour ces pages de dépaysement lues à l’heure du café, you « make my day » comme disent les anglo-saxons ! 🙂

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