Le retour…

Dernier post sur ce sujet.

Nous sommes rentrés à 18h accueillis par nos garçons et leurs petites copines. Il ne manquait plus que le tapis rouge. Ils y ont mis la forme… Beaucoup d’émotion aussi….

Mais que retenir d’un voyage comme celui-là ? On s’interroge, Claude et moi… Nos 10 heures de trajets de retour n’ont pas permis de trouver une réponse…. Que penser de ce pays placé au 157° rang / 169 de l’indice de développement humain ? Qu’est-ce qui nous a plu ? Qu’aurions nous voulu changer ? Que souhaiterions faire la prochaine fois? car il y aura une prochaine fois….

Chaque voyage en afrique est différent. Je ne sais plus qui disait qu’ il n’y a pas une Afrique mais 56. Souvent on trouve des points communs, mais là on s’est senti vraiment un peu perdu par rapport à ce qu’on connait.

L’Ethiopie est un pays magnifique pour ce qu’en a vu… Il faudrait 10 ans au moins pour se faire une idée précise. Tout est différent de notre monde…. La langue bien sûr… L’amharique est compliqué…. L’alphabet est différent : on peut vous indiquer un lieu ou un magasin, mais le texte est écrit en amharique, impossible pour nous de trouver… pas simple.

Le calendrier décalé par rapport au nôtre, le système horaire…

Les populations  : entre les nilotiques les couchitiques les omoriques…. et j’en passe… on s’y perd. Un développement qui est visible par les routes, les réseaux hydrauliques et électriques mais qui conduisent parfois au non développement ou à de l’anti développement… j’ai parlé des plantations industrielles, je n’y reviens pas.

Une religion proche de la nôtre, mais qui s’est implantée sans pression occidentale….

Des contradictions entre la famine d’un coté, et des cultures de roses de l’autre…. des zones verdoyantes comme nos vosges, et le désert de l’Ogaden de l’autre…. la gentillesse des gens et l’usage excessif qu’ils font des armes à feu ou des armes blanches…..

Et que dire de ces populations qui reproduisent leur mode de vie séculaire à coté de tout ce luxe et confort qu’apporte la culture occidentale….

Rien de ce qu’on connait ne peut être transposé ici, si ce n’est cette incroyable optimisme dans la vie…. ces sourires qui font oublier toutes les déprimes, toutes les difficultés. Que l’on soit à Brazzaville, Ouaga, Dakar, Lomé ou Addis cette même constante.

Ce courage à affronter toutes les difficultés, toutes les adversités…. un bel exemple que nous témoignent les africains tous les jours, quelque soit leur lieu de vie, à nous occidentaux qui tombont très vite dans la sinistrose.

Nous avons plein de choses à apprendre ensemble et il faudra encore plein de voyages 😉

 

Merci à tous ceux qui nous ont accompagnés pendant ce séjour. Vous avez été nombreux à suivre sans forcément vous exprimer sur le blog, mais bien présents. J’espère avoir été fidèle dans les descriptions, honnète dans ce que nous ressentions.

La veille de notre départ, nous avions une discussion avec Abel au sujet de l’image de l’Ethiopie en occident. Sa réponse sans détours : It’s your responsability to report what you’ve seen, what’s Ethiopia….  J’espère avoir été dans cette logique là.


Dernier jour….

Dernier jour à Addis Abeba (Il faudrait dire Ababa, car c’est la traduction de fleur en Amharique).

Nous décidons de faire une ballade en commençant par le musée Ethnographique qui est magnifique.

A Midi 30, (6h30 sur la montre Ethiopienne) nous sortons en même temps qu’une pluie tropicale démarre. 1h30 à attendre comme tout le monde à l’abrit d’une boutique pour se protéger de la pluie. 10 cm d’eau sur la route…

Et puis on décide de rentrer car nous sommes trempés et la pluie va tomber toute la journée. On saute donc dans le premier taxi venu.

Grave erreur….

En Ethiopie on pourrait refaire l’histoire de l’automobile : Tout roule encore…. Les DS, les GS, 404, 504, simca 1000, ami 6, R4..

Là c’est une fiat des année 60 je suppose, où tout est en option. Le 4° piston, les rétroviseurs, l’essuie-glace, l’ouverture de vitre, la serrure de porte…. En descente, le chauffeur débraye…. je ne sais pas pourquoi, mais c’est là où on va le plus vite.  Le klaxon fonctionne, c’est normal c’est un élément indispensable dans un véhicule ici. Même les bicyclettes en ont 😉 .  J’adore….

On n’était pas tout à fait sûr d’arriver, car à deux reprises on a frolé l’accident; forcément sans rétro a droite et avec l’eau ruisselante sur le pare brise on voit moins bien.

Le chauffeur sort de la voiture pour nous ouvrir les portières, de l’intérieur c’est impossible.

 

Demain, nous aurons à nouveau 8 ans de plus, car l’Ethiopie a son propre calendrier. Ici nous sommes en 2003.  J’ai juste 40 ans…. Claude est dans la quarantaine… Mais ces choses là ne durent pas 😀

Les jours de depart sont toujours tres pénibles, car on ne peut rien entreprendre en raison des formalites d’aéroport et pas moyen de dormir. Donc nous sommes allé manger dans la boite de jazz à côté de l’hotel.

Un groupe de Washington DC y donnait un concert…. Yves tes voisins 😉

Super chanteur, à la voix de Stevie Wonder et la guitare de Keziah Jones. Très Afro Beat, mais avec des chansons perso et des reprises de U2 à Bob Marley en passant par Ben Harper et les Beatles.

Il est 2h du matin à Addis et notre avion devrait décoller dans 2h. Quand vous lirez ces quelques mots nous serons à nouveau sur le même continent et on pourra tout vous raconter de vive voix. Bises à tous et toutes et à bientot.

 

Addis Ababa

Départ à 5h du matin pour revenir sur Addis Ababa par la route des grecs terminée il y a 1 ans. 350km en 7 heures. Ce n’est pas l’état de la route qui explique cette faible performance mais tous les animaux qui empêchent Werede de rouler vite. Sur la route un boa et quelques chiens écrasés.

Il fait froid (12°C) et le ciel est chargé.

Nous roulons, pendant un temps, entre deux couches nuageuses et le paysage est vraiment étonnant. Certaines montagnes surplombent les autres de plusieurs centaines de mètre. Sur la route les populations, emmitouflées, un parapluie à la main, marchent vers le marché le plus proche ou la mosquée. Les paysans portent sur l’épaule leurs charues vers leurs champs tout en dirigeant les boeufs.


Un peu plus tard, nous voyons tous les paysans s’activer aux labours. Un enfant suit la charue pour casser les mottes, pied nu dans l’eau et la boue car les pluies récentes ont tout inondé.

 

A l’approche d’Addis, nous logeons à nouveau de très grandes serres de fleurs.

 

 

 

Au bord des routes, des mètres cubes de bois de chauffage. La forêt est déjà très loin et Werede évoque le problème du déforestation et de la désertification qui va arriver. René DUMONT évoquait la même chose dans les années 60 pour les pays du Sahel. Le temps lui a donné raison… Qu’en sera-t-il pour l’Ethiopie qui à un écosystème déjà fragile ?Le bois est un bois rouge, peut-être le bois d’une forêt primaire mais pas d’eucalyptus…

 

Arrivé à Taitu Hotel à 12h15.

Dans l’après midi, nous visitons Mercato, le plus grand marché d’Afrique… 10km de long en large, mais l’heure tardive et le ramadan font que le marché est tout à fait praticable. En temps normal, on ne peut pas passer en voiture.

 

Dans la soirée Abel nous invite à manger un plat dans un restaurant traditionnel. Abel est le premier contact Ethiopien que nous avons eu. C’est lui qui a organisé, à notre demande, le programme de voyage. C’est le PDG de Buska Tour mais il vient nous chercher dans sa vieille petit voiture japonaise 3 portes… Un garçon charmant, très facile d’abord.

Au retaurant, la musique traditionnelle est répétitive et ennivrante.

Nous buvons un alcool traditionnel à base de miel. Surement de trop… c’est notre dernière soirée en Ethiopie.

Revoir les enfants, la famille, les amis,  nous réjouie et compense la difficulté du départ.

On the road again

Pour revenir sur Jimma, nous empruntons la même route qu’à l’aller…. la route des coréens.

Dans un an, ces routes seront toutes achevées. L’accès aux ethnies du sud en sera facilité. Quelles conséquences cela aura pour elles? Plus de touristes, mais sommes nous en droit de le regretter ? Nous sommes bien là aussi.

Plus de facilité pour ces populations à se déplacer. Les filles quitteront peut-être plus facilement le village pour échapper aux plateaux labiaux ou aux excisions. Plus de produits manufacturés, plus d’alcool… Une pression monétaire plus grande… Ces traditions qu’ils essayent de préserver pour l’instant, vont sans nul doute disparaitre grâce, ou à cause de ces routes. Une question mainte fois posée : le choix entre la tradition et le progrès.

L’ethnologue Georges Balandier expliquait dans un de ses livres que les sociétés traditionnelles africaines vivaien selon un rythme circulaire et que tout était toujours un recommencement. Reproduire ce qu’ont mis en place les ancêtres. Une catastrophe écologique – comme une famine – ou un élément extérieur suffisamment fort conduit à sortir de ce cercle pour réagir à cette situation inhabituelle. Avec ces routes, les jeunes, surtout les filles, vont s’émanciper et sortir du cercle. Ce n’est pas à nous de juger si c’est bien ou mal, mais dans 10 ans, il est certain que les Suris ne seront plus ce qu’ils sont aujourd’hui.

Nous revoyons tous ces beaux paysages et une impression de fin de voyage flotte dans la voiture. Inconsciemment nous pensons à Addis et à notre retour.

Avec Werede, nous parlons de ces jours passés ensemble. De ces bons moments, de l’estime que l’on a chacun pour l’autre. Nous parlons de la difficulté des Ethiopiens, de celle des européens de classe moyenne ou défavorisée, des enfants, de leur éducation, de nos épouses… simplement de la vie.

Je n’aime pas les départs et les séparations. Ca me donne le cafard….

Dans une semaine nous serons en France… Werede conduira d’autres touristes.

Une relation amicale s’établit toujours de la même manière. On commence par s’observer, par analyser les comportements, puis on échange des banalités. On se confie un peu, puis davantage jusqu’à se dévoiler parfois. C’est pareil quelque soit le pays.

 

J’aime l’humour de Werede, un peu taquin mais aussi très simple, sans complications. Une forte envie de bien faire. J’ai fini par l’apprécier beaucoup. Ya Gaby l’a fait remarquer, je crois voir parfois Ahmed.

 

Mais il y a toujours un moment de doute sur la sincérité d’une amitié…

Concernant Werede, nous ne sommes que des clients qui pouvons apporter, mais aussi prendre si nous donnons un avis défavorable le concernant à son employeur. Nous en sommes conscient, à cause de notre lieu de naissance, nous avons un pouvoir sur son devenir… Il n’a aucun intérêt à nous déplaire… Ca fait peur…

« L’autre est moi et moi je suis l’autre »….

 

Nous terminons la soirée avec lui en discutant, autour d’un verre de vin Ethiopien, de développement, de famine et de l’avenir de l’Afrique. Il conclut par « Only God can help Africa, we must pray for that », « seul Dieu peut aider l’Afrique, prions pour cela ». Je ne sais pas si on peut se satisfaire de cela.

 

Retour vers Mizane

Nous nous levons de bonne heure pour marcher vers un Kraal et assister à la saignée d’une vache grâce à laquelle les vachers s’alimentent. Chaque vache est saignée environ toutes les 3 semaines. Il est impressionnant de voir comment elles se laissent faire. La jugulaire est percée après qu’un garot soit fait autour de son cou. Pour ce faire, les suris utilisent un petit arc et d’une flèche pointue. Une bonne calebasse de sang est remplie avant que la vache perde presque connaissance. Le garot est alors ouvert et le vacher boit la calebasse dans son intégralité. Tout cela en guise de petit déjeuné.

Comme à l’accoutumé, quand les éthiopiens disent que la distance de marche est courte, il faut se méfier… Nous sommes guidés à nouveau par nos deux jeunes suris. Le premier 18 ans est en 2nde et l’autre 19 ans rentre en terminale. Au lycée, ils sont 90 dans une classe….. J’ai du mal à imaginer comment faire un cours avec 90 élèves. Admirable ou halucinant… Les disciplines sont globalement les mêmes que chez nous.

Nous quittons le campement à 10h en direction de Mizane Teferi en empruntant la même route qu’il y a 2 jours : la route des chinois, la palmeraie des indonésiens de koka, les villages Menet et Dizi. Nous croisons l’escorte du président de la province… Garde renforcée, village sous contrôle par l’armée, etc…

 

Arrivée à Mizane vers 16h. Mizane était le centre de l’ethnie Bench, décimée presque intégralement par la traite des noirs.

Notre hotel est en effervescence car le président vient manger au restaurant de l’hotel le soir.

 

Nous croisons une nouvelle fois des touristes allemands et espagnols rencontrés déjà dans cet hotel une première fois, puis au camping et à nouveau à Mizane ce soir. Ils nous exaspèrent un peu car leurs chaufeurs sont proche de Werede et nous cotoyons donc tous ces chauffeurs et on entend leurs commentaires. Ces touristes sont très exigeants et n’ont aucune capacité d’adaptation. Aujourd’hui ils réclament une cuisine européenne à base de viande alors que le mercredi est jour de jeûne pour les orthodoxes, et donc sans viande. Le touriste allemand en particulier est spécial… Il se plaint auprès de nous que son chauffeur ne « fait pas ce qu’il lui demande »…. A coté de ça nous nous régalons avec l’Injéra végétarien partagé entre nous trois dans un seul plat et mangé avec les doigts. Chacun doit se faire sa propre idée d’un voyage à l’étranger.

Bon anniversaire Anne-Marie

Des suri et des hommes

Des Suri et des Hommes

Pardon pour ce jeu de mot emprunté d’un livre de Steinbeck, mais les Suris sont vraiment un peuple à part. Ils veulent maintenir coûte que coûte leurs manières de vivre et traditions. Le gouvernement essaye de les faire changer mais c’est très mal vécu et cela se traduit parfois par de gros problèmes. Dans le village de Koka, que nous avons traversé, l’armée veille, car les suris ont tué un militaire il y a 4 jours. Tout le monde est armé, ça peut vite dégénérer.

Nous apprenons que les Suris vivaient nus, ou presque, jusqu’il y a 10 ans, avant que le gouvernement ne leur impose de s’habiller. Seuls des peaux de chèvres recouvraient partiellement les corps des femmes. Ils sont toujours partiellement dénudés recouverts juste d’une toile souvent violette, nouée sur l’épaule droite… pour le principe…. Ils ne semblent avoir aucun sentiment de pudeur; en passant devant une rivière nos guides de 18 et 19 ans ont retirés leurs vêtements pour se laver et se baigner tous nus devant nous.

A Kibish où nous nous sommes installés, nous passons notre journée à visiter des clans Suri et à marcher.

Il fait vraiment très chaud et les dénivelés à parcourir n’arrangent rien.

Les femmes portent leurs plateaux soit pour des raisons esthétiques lorsqu’elles sont à marier ou qu’elles veulent plaire, soit pour qu’on les respecte lorsqu’elles ont un « age avancé ». « Age avancé » sous entend au-dela de 45 ans…. No comment.

La lèvre est percée au fer rouge et les deux incisives inférieures sont arrachées après la puberté.

De mois en mois, le diamètre du plateau est augmenté jusqu’à atteindre 15cm après 1 an.

Plus la diamètre est important, et plus le père peut espérer une bonne dote pour la fille. Une bonne dote s’élève à environ 40 vaches (13000 euros) et deux kalachnikov. C’est énorme quand on pense qu’en montagne, on estime qu’un Suri dispose d’environ 100 euros par an pour vivre). Mais il faut savoir qu’un suri a un lien affectif avec ses bêtes. Il ne les vend pas, il ne les tue pas, ce qui explique qu’il y a des cheptels de 500 têtes. Il est fréquent qu’une famille ait 50 bêtes et ils les connaissent toutes. Pas de tatouage pas de marque au fer rouge.

Nous faisons la connaissance d’Hans Sylvestre. Il doit bien avoir 75 ans et est une personne d’une grande sensibilité et qui adore ce pays. Il y vient 3 fois par an depuis 9 ans. Il était là au mois d’avril mais n’a pu rester à Kibisch que 2 jours en raison d’un climat de quasi-guerre qui régnait ici.

La loi du talion est presque la seul loi. Quand on mélange kalachnikov, alcool et téléphone portable (pour les guet appent) cela fait des dégats. Tout le monde a une kalach. Notre jeune guide suri de 18 ans nous apprend que son père lui a rapporté une kalach pour 320 euros du sud-soudan.

En allant dans le bar du village ce soir, 50% des hommes portaient une arme. Impressionnant.

Notre guide possède une grande quantité de blessures mal cicatrisées. Ce sont des blessures résultant des Dongas… Le Donga est un combat qui se pratique avec des batons dès l’âge de 16ans. Il est interdit par la loi, ce qui fache les suris qui estiment que c’est leur culture qui est menacée. C’est lors des Dongas qu’un garçon montre sa valeur. C’est aussi lors des Dongas qu’un fille choisit l’homme qu’elle aimerait épouser. A lui ensuite d’accepter ou de refuser, mais il lui faut aussi pouvoir payer la dot.

Le gardien du campement, un homme imposant d’une quarantaine d’année (mais il en fait 50), est un ancien champion de Donga, respecté et craint de tous. Il ne se déplace jamais sans sa kalachnikov.

Les cases suris sont très basses et on ne peut y entrer qu’accroupis. La piece centrale circulaire de 5m de diametre et haute de 1m50, fait office de chambre à coucher et de cuisine; 7 à 8 personnes peuvent y vivre. Tout autour de cette piece, un 2° cercle large de 0,50m renferme des affaires et peut faire office de chambre d’amis. Au dessus de la pièce principale le grenier à grains. Le lieu de vie est à l’extérieur, ainsi que la cuisine principale.

Après une marche difficile de 3h30 en montagne et sous la chaleur, nous passons une courte soirée avec Werede et un de ses amis chauffeur au bar du coin,où les hommes du village consomment la bière de miel locale. Au passage nous goutons un alcool blanc distillé fait à base de mais et d’orge. Ca ne vaut pas le kirsch mais ça tape.

Bon Anniversaire Marinette

 

Kibish

La cérémonie du café est, en Ethiopie, ce qu’est la cérémonie du thé dans les pays musulmans. Ca ne se refuse pas.

La poudre de café est jetée dans l’eau bouillante et il est servi en trois fois (comme le thé). Le troisième café, le plus dilué, est donc le moins fort. On dit qu’on ne peut refuser le 3° au risque d’être pris par le diable… Bonne tradition…. c’est bon pour moi, trois cafés c’est un minimum ;-). Véronique je crois que ça te plairait.

Je prends donc mon petit déjeuné de café (Je n’arrive pas à me faire à l’Injera le matin. Claude est passée au thé) avec Bulu qui a une très grande connaissance de son pays et des traditions.

Un couple vient le saluer. Ils se cognent leurs épaules droites en guise de poignée de main. Ce sont les salutations traditionnelles ici. La femme, très grande et élancée, a des lobes d’oreilles percées par de gros trous. Elle porte une belle robe de couleurs vives mi longue qui révèle ses deux chevilles ornées chacune d’une dizaine d’anneaux en argent. Bulu me les présente comme étant des amis Surma (ou Suri).

 

Werede après 6 jours en notre compagnie commence à fatiguer. Il est en retard ce qui n’est pas dans ses habitudes.

Nous partons à 9h du matin sur une route en construction, encore, qui nous mène de Mizane à Kimisch. Sur le premier tronçon, nous croisons des femmes portant de lourdes charges. Les femmes africaines m’ont toujours impressionné par leur courage, leur endurance, leur optimisme. Malgré les difficultés de leur vie, c’est elles qui portent leur famille. Qu’elles soient jeunes, vieilles ou enceintes elles portent des charges trop lourdes pour elles. Donnez leur le pouvoir et elles changeront ce continent.

 

En parcourant ce pays, on comprends mieux pourquoi les EThiopiens raflent régulièrement des médailles dans les compétitions d’athlétisme et en particulier de courses. A perte de vue des montagnes et les populations marchent énormément.

 

Petite pensée pour Yvon… La construction de la route est assurée par les chinois. Il y a un an, nous croisions les mêmes images dans le Mayombe. Même technique, mêmes outils et toujours le chinois qui pianote sur son téléphone portable et les ouvriers noirs qui font le travail.

Un peu plus loin, à Koka, les indonésiens ont rasé une forêt pour exploiter le palmier à huiles (une surface de 50km x 50km). A coup de désherbants très puissants, ils empêchent l’herbe de pousser, mais polluent les rivière menaçant à terme les sociétés pastorales.

Après les européens, ce sont les asiatiques qui pillent l’Afrique. J’ai appris entre temps que les serres de roses de Ziway exploitées par les hollandais, étaient appelées ici « les serres de la mort » a cause de la quantité d’ouvrier qui sont atteints de cancer. On pourra faire quelques Copenhague encore….

La journée est ponctuée aussi par les problèmes mécaniques.

Petite pensée pour Ahmed ;-). D’abord une crevaison avant le repas… Vers 15h, nous tombons dans une montée en panne de carburant. Werede n’avait pas surveillé la jauge… Il est fatigué aujourd’hui. Le repas pour midi a été oublié également à Mizane. Depuis le départ d’Addis, nous transportons 120l de fuel sur le toit, mais là, les tubulures se sont remplies d’air et il nous faudra pousser, pomper, recommencer pendant une bonne heure avant que ça ne redémarre. Werede et moi avons, dans nos mains droites, des ampoules « gagnées » à la suite de la manipulation de la pompe à gazoil trop chaude et inaccessible.

« That’s adventure » dit Werede en souriant. « Yeah, and all good adventure has an happy end… » 😉

 

Nous traversons le pays Menet et Maji. Je repense à ces dessins d’Hugo Pratt dans une BD que j’avais acheté il y a 20 ans : « Les Ethiopiques ». On retrouve tout à fait les personnages de cette BD en observant ces populations.

 

Vers 16h30, nous entrons en pays Suri.

De nombreux adolescents complètement nus gardent des troupeaux de bovins. Les Suris sont des éleveurs, mais ils ne tuent jamais leurs bêtes. Ils se nourissent de leur lait et de leur sang. L’un des adolescents a la peau grise, enduite de cendre. Le body painting est rituel ici.

Sur la route également une jeune femme portant un plateau (labret) labial d’environ 15cm. Ce n’est donc pas uniquement du folklore pour les touristes, car elle n’est pas là pour nous.

A la tombé de la nuit nous arrivons à Kibisch dans un campement prévu pour recevoir des touristes. Il n’y a pas d’hotel ici.

Des enfants Suris nous accueillent en nous réclamant des bananes ou des bouteilles d’eau vides.

Un couple souhaite qu’on le prenne en photo. La femme exhibe une poitrine dénudée portant des scarifications rituelles grossières sur les seins et le ventre.

Ici les photos se monayent. Rien de surprenant, de nombreux photographes ont fait fortune grâce aux photos prises chez les Suris. D’ailleurs le photographe du livre « Fenêtre sur l’Ethiopie », Hans Sylvestre, est dans le camp dans la tente voisine de la notre. On le saluera demain. Pas question donc de prendre des photos avant d’avoir clarifié les choses.

 

Le campement est calme. Nous disposons de deux tentes, pour nous et nos bagages.

 

Je ne connais pas grand chose de plus romantique qu’une nuit africaine en plein milieu de nulle part, sous un ciel couvert de millions d’étoiles visibles. Pas de lumière parasite ici. Les grillons chantent et au loin on entend des éclats de voix en langue Suri (je suppose) ainsi que des sons de tamtam et de flute. Je suppose qu’au villages les jeunes dansent….

On verra cela demain car la journée a été longue.